PACIFIQUE

AUSTRALIE



 

   

 

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Les tribus aborigènes, d'après David Horton, édité par The Australian Institute of Aboriginal and
Torres Strait Islander Studies

L’Australie, île-continent du Pacifique Sud d’une superficie totale de 7 682 300 km2, est relativement peu peuplée, avec une densité moyenne de 2,5 habitants au km2. Étant donné l’immensité du pays, ces chiffres recouvrent mal la très grande diversité de situations entre des régions urbaines très densément peuplées (côte Est et Sud-Est) et de vastes régions continentales qui seraient désertiques sans la présence autochtone. En Australie, depuis plus de 40 000 ans, les Aborigènes et Insulaires du détroit de Torres, répartis en plus de cinq cents groupes parfois appelés «nations», ont développé et continuent de vivre des cultures riches et diversifiées.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et le déclin de l’empire colonial britannique, l’Australie a cherché à accroître son inscription régionale dans la zone Asie-Pacifique au travers de la coopération internationale, de ses programmes d’aides et de ses opérations de défense et de maintien de la paix. Elle est membre de l’Apec, organisation économique réunissant les pays riverains du Pacifique, partenaire de l’Asean, une organisation de coopération politique et économique régionale avec qui elle a signé, en 2007, un projet de partenariat approfondi, et membre du Traité d’amitié et de coopération dans l’Asie du Sud-Est depuis 2005. Elle participe au Sommet de l’Asie de l’Est depuis sa création en 2005. L’Australie est également membre du Forum des îles du Pacifique créé en 1971 à Wellington dont elle est, avec la Nouvelle-Zélande, le principal financeur. Ces deux pays promeuvent un accord de libre-échange dans le Pacifique Sud, en cours de discussion (Pacer Plus). Au cours des années 1990 et plus particulièrement depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’Australie a redéfini son rôle dans la région Pacifique dans le cadre de ses relations bilatérales avec les États-Unis. Elle n’est plus seulement un pays donneur d’aide, mais également une puissance militaire dans ce qu’elle considère comme « l’arc d’instabilité mélanésien » (interventions à Bougainville en 1998, dans les îles Salomon en 2003 et au Timor-Leste en 2006). Elle maintient d’étroites relations politiques et économiques avec son ancienne colonie de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

De leur côté, les Aborigènes et Insulaires du détroit de Torres entretiennent de longue date des relations culturelles, politiques et d’échange à l’international, avec notamment la Papouasie et l’Indonésie (Sulawesi). Au début du XXe siècle, l’internationalisme noir et les théories de libération de Marcus Garvey parvinrent en Australie où elles furent adoptées par des militants autochtones (Maynard, 2007). Cette ouverture contribuera à encourager la participation de leaders et organisations aborigènes et insulaires au mouvement autochtone international à partir des années 1970.

Les droits civils et politiques n’ont été progressivement octroyés aux Abori- gènes et Insulaires du détroit de Torres par les différents États et territoires qu’à partir des années 1960. Jusqu’au référendum constitutionnel de 1967, ils n’étaient pas intégrés au recensement national; les États et territoires avaient tous mis en place des lois de ségrégation à leur encontre, qui furent progressivement abandon- nées sur le continent. Selon le recensement de 2010, les Aborigènes et Insulaires du détroit de Torres représentent 517 000 personnes, soit 2,5 % de la population totale de l’Australie (environ 22 millions) : 90 % sont Aborigènes, 6 % Insulaires et 4 % d’ascendance mixte entre les deux peuples. Cette population jeune (l’âge médian étant de 21 ans, contre 37 pour les autres habitants) croît à un rythme plus important (2,5 enfants par femme, contre 1,9), avec un accroissement de 13 % entre les recensements de 2001 et 2006. La répartition de la population autochtone reflète celle de l’ensemble de la population, majoritairement urbaine, avec 75 % des autochtones vivant en zone urbaine et périurbaine. Cependant, la part de la population autochtone habitant les zones rurales et reculées est plus importante que celle des autres Australiens, et leur distribution plus diffuse.

Plusieurs indicateurs socio-économiques montrent la disparité des situations entre les autochtones et le reste de la population, mais les chiffres et les pour- centages reflètent mal la diversité des situations autochtones. Selon le recense- ment australien de 2006, 50 % des Aborigènes et Insulaires du détroit de Torres se situent dans la moyenne nationale. Cependant, l’indice de développement humain (IDH)1 témoigne d’un immense écart entre l’ensemble de l’Australie (0,970 = 2/186) et les Aborigènes et Insulaires du détroit de Torres (estimé = 103/186). L’espérance de vie de ces populations est en moyenne de 10 ans inférieure à celle du reste de la population australienne (ABS, 2009), ou de 17 ans selon le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Les rapports de santé, le recensement, différentes études indiquent la persistance d’un écart significatif en termes de santé entre autochtones et non-autochtones. Ce décalage peut se lire au niveau de la plus forte prévalence de maladies chroniques comme le diabète, les cancers et les maladies cardio-vasculaires, des maladies sexuellement transmissibles, une mortalité infantile trois fois supérieure à celle du reste de la population (HREOC, 200828). Enfin, les écarts se retrouvent dans l’éducation, l’accès à l’emploi ou la justice : 21 % des élèves aborigènes ou insulaires atteignent la fin du secondaire (53,8 % pour les non-autochtones); 16% des autochtones se retrouvent sans emploi (5% pour les non-autochtones) ; ils représentent 24 % de la population carcérale en 2008(2), 44 % des jeunes autochtones se retrouvant sous supervision judiciaire (contre 3 % pour les non-autochtones).

Données rassemblées par Martin Préaud. dans le cadre du programme SOGIP

1. L’IDH est un indice composite, compris entre 0 (exécrable) et 1 (excellent), calculé par la moyenne de trois indices quantifiant respectivement : la santé/longévité mesurées par l’espérance de vie à la nais- sance ; le savoir ou niveau d’éducation, mesuré par le taux d’alphabétisation des adultes et le taux brut de scolarisation ; le niveau de vie mesuré par le produit intérieur brut par habitant.
2. Rapport sur la justice sociale de la Commission des droits de l’homme et de l’égalité des chances de l’Australie, HREO, https://www.humanrights.gov.au/our-work/aboriginal-and-torres-strait-islander- social-justice/publications/social-justice-report.

 
     

 

 

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