Filmographie

     


Le vénérable W,
2017, Barbet Schroerder, 100'

Il a la haine. Son voisin a fait couper les vieux arbres qui gardaient ses plus beaux souvenirs, à côté de chez lui. Pour oublier ce crime, Barbet Schroeder part à Mandalay, en Birmanie, où il découvrit, à 20 ans, le bouddhisme. Religion qui enseigne à vivre sans haine. S'il n'a pas perdu la foi, le cinéaste ne croit plus aux miracles. Le but de son voyage est de rencontrer un moine qui allume des incendies, attise les flammes d'un fanatisme meurtrier : le vénérable et pourtant détestable Wirathu. Derrière la silhouette du bonze, c'est une sorte d'héritier de Hitler qu'on découvre, voué à la persécution et à l'extermination d'une population : celles des musulmans de Birmanie, et particulièrement la minorité des Rohingyas. Wirathu les compare à des animaux sauvages qui se reproduisent comme des lapins, se dévorent entre eux et détruisent l'environnement. Monstrueux et glaçant, son discours cherche à susciter chez les Birmans bouddhistes « la peur de la disparition de la race », titre d'un de ses livres. Il faut éliminer les musulmans, ou bien ils seront, eux, éliminés... Face à cet apôtre de la haine, Barbet Schroeder garde un étonnant sang-froid. Son regard droit, objectif, rend la confrontation impressionnante. Avec ce film, il clôt une trilogie du mal, entamée avec les documentaires Général Idi Amin Dada : autoportrait (1974) et L'Avocat de la terreur (2007), sur Jacques Vergès, qui a défendu notamment Klaus Barbie. Des hommes à la toute-puissance destructrice. Wirathu est au-delà. Son discours obsessionnel dépasse la raison. Le viol d'une jeune Birmane par trois musulmans devient l'étincelle dévastatrice dans un pays transformé en poudrière. Des maisons de Rohingyas sont brûlées, les exécutions sommaires se multiplient, la xénophobie commence sa marche triomphale... En retraçant ces événements, le film révèle les rouages d'une machine infernale de manipulation des foules. Même la Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, ne parviendra pas à empêcher le massacre des musulmans. Marionnettiste diabolique, Wirathu aura eu tout le temps de nuire avant d'être, finalement, inquiété.

 

Rohingya-La mécaniquedu crime, Gwenlaouen Le Gouil, 2019, 62'

Comment, de 2012 à 2017, les militaires birmans ont orchestré l'élimination et l'exode de la minorité musulmane dans l'ouest du pays. Signée Gwenlaouen Le Gouil, une enquête rigoureuse sur un crime de masse. Massacres et viols systématiques, villages incendiés, exactions de tous ordres : les récits des survivants, qui s'entassent par centaines de milliers dans le plus grand camp du monde, au Bangladesh, ont fini, trop tard, par être entendus. Au moins 10 000 Rohingya de Birmanie, mais probablement près du triple, dont des milliers d'enfants, ont été assassinés entre 2016 et 2017 dans la province de l'Arakan. Mais ce que l'ONU a qualifié, après coup, de possible génocide, a commencé bien plus tôt, loin des regards, et a été planifié de longue date par les militaires birmans, comme le montre cette implacable enquête de Gwenlaouen Le Gouil, auteur de nombreux films sur le sujet pour ARTE, notamment, en 2017, Rohingya, un génocide à huis clos, couronné du grand prix au Figra. Cibles Entre le Bangladesh, où il recueille les témoignages des victimes rescapées, et des séjours successifs en Birmanie, dont un hallucinant voyage de presse organisé, dans le nord de l'Arakan, en 2018 par le pouvoir militaire birman, qui tentait ainsi de démentir les accusations à son encontre, le réalisateur met en évidence les étapes préméditées d'un crime de masse. Si les Rohingya sont installés depuis des siècles dans la province, cette minorité musulmane, qui s'est ralliée avant l'indépendance à l'autorité coloniale britannique, a été privée en 1982 de sa citoyenneté birmane. Au début des années 2010, prise pour cible par des campagnes haineuses, elle commence à être dépouillée de ses droits. Des meetings xénophobes du moine bouddhiste U Wirathu, opportunément libéré de prison en 2012, à cette vidéo dans laquelle un militaire exhorte des villageois à "prendre machettes et bâtons" pour attaquer les "envahisseurs métèques", le film expose avec précision la mise en œuvre de la logique "génocidaire", et son cortège de persécutions. Il confronte aussi la passivité de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi et le déni hostile des populations qui ont pris la place des Rohingya dans les campagnes de l'Arakan à l'analyse de ceux qui enquêtent sur ces crimes, dont le juriste Thomas MacManus.

 

Errance sans refuge, 2020, Mélanie Carrier Olivier Higgins,1h27'

En août 2017, des populations rohingya fuient le Myanmar après une attaque militaire dans un conflit opposant la majorité nationaliste bouddhiste à la minorité musulmane. Cet exode brutal a donné naissance à Kutupalong, le camp de réfugiés le plus peuplé au monde, situé au Bangladesh. Aujourd'hui, les traumatismes de cette persécution marquent les occupants apatrides de cet immense amas de bidonvilles qui abrite désormais 600.000personnes.