Filmographie

Sharqiya, Guy Ofran , 2012, 1h25'

Kamel, un jeune Bédouin, travaille comme agent de sécurité à la gare routière de Be’er Sheva. Il habite dans un petit village illégal, perdu au beau milieu du désert. Son frère Khaled, chef du village, travaille dans la construction et est marié à Nadia. La relation entre les deux frères est compliquée, Khaled n’approuvant pas le métier de Kamel. Un jour, en rentrant chez lui, Kamel apprend que les autorités ont ordonné la démolition du village. Dès le lendemain, Khaled quitte son emploi et décide de rester au village, pour repousser les autorités qui tenteraient de les déloger. Kamel, quant à lui, continue d’aller travailler....

Un bout de désert, deux cabanes en tôle, un parking de gare routière, voilà pour le décor. 2 frères, une belle-sœur et un patron, voilà pour les personnages. Bricolage, récup et gardiennage sont leurs activités principales. Presque rien. Restent l’imagination et le désir. Du début jusqu’à la fin, les trois Bédouins vont tenter de changer l’ordre du monde (de leur monde, qui est aussi le nôtre), avec leurs petits moyens dérisoires. La force du film c’est ce presque rien inusable qui fait le quotidien des personnages. Et pourtant, quand le film se termine, le désir et l’imagination ont opéré, quelque chose a changé, pour eux et pour nous. La répétition cyclique n’agit pas pour rien, elle est le signe même de la résistance. Inusable. Pascaline SIMAR, cinéaste

Sharqiya : vent de l’Est, un souffle à visage humain qui fait des dégâts, qui gronde entre la ville et le désert, entre les indigènes devenus illégitimes et les « citoyens ». Sharqiya, l’histoire simple de personnages modestes, touchants dans leur combat silencieux pour survivre dans un pays où le lopin de terre où ils ont planté leur tente un jour ne leur appartient désormais plus. Cela fait bien sûr écho à l’histoire de la création du pays lui-même. On nous emmène au cœur même d’Israël pour faire le point sur cette situation humaine si complexe. La force de Sharqiya réside dans la finesse de sa mise en scène. Une caméra fluide flirtant parfois avec le documentaire, signe au final de vrais moments de cinéma, originaux et poétiques.
Reza Serkanian, cinéaste