Filmographie

On l'appelait, la vénus hottentote, Zola Makelo, 1988,53’

En 1810, Sara Baartman [Saartjie Baartman de son vrai nom Sawtche], jeune adolescente sud-africaine du peuple Khoi est enlevée par un Afrikaner et emmenée à Londres où elle est exhibée comme une "bête de foire" dans les cirques, les musées, les bars et les universités. À Londres, elle fait sensation et est surnommée avec ironie et perversion "la Vénus Hottentote". Ses exhibitions firent fureur dans les milieux progressistes anglais, nourrissant le débat sur l'abolition de l'esclavage. On l'avait fait venir d'Afrique au début du XIXe siècle. On disait qu'elle était à la fois femme et singe. Elle fut servante en Afrique, monstre de foire en Europe. Il aura fallu la fin de l'Apartheid pour qu'on reparle d'elle, qu'entre légende et vérité, peur et obscurantisme, elle soit "réhabilitée". Croisant sources écrites et iconographiques, ce film retrace le destin d'une femme et dénonce certaines dérives idéologiques de la science. Née en 1790 en Afrique du Sud, Sara Baartman arrive au Cap où elle est embauchée par un fermier hollandais. Elle est issue d'un peuple de nomades, les Khoi Khoi, qui fascine les Européens en raison des rumeurs qui circulent au sujet de la disproportion de leurs organes génitaux. Un impresario la convainc de partir avec lui à Londres où, considérée comme un monstre, elle sera exhibée nue dans les foires. Sous le nom de scène de Vénus hottentote, son succès est instantané. On lui dédie vaudevilles, poèmes et caricatures. La ligue anti-esclavagiste dénonce cette dégradation infligée à un être humain. Vendue à un marchand de Paris, elle devient un objet d'étude pour les naturalistes les plus éminents. A sa mort, à 25 ans, son corps est donné au museum d'histoire naturelle, puis disséqué par Cuvier. Son rapport, inscrit dans la volonté du temps d'établir une grande classification des races, sera à la source du racisme scientifique.

 

Il était une fois les Bushmen, Pierre Mann,2006,52'.

Un petit groupe de chasseurs bushmen quitte le villange de Nhoma. Ils partent dans la brousse à la recherche de gibier afin de nourrir leurs familles. Pendant ce temps, Dl//xao, l’aînée du clan, se remémore un passé moins clément, où la survie du clan était chaque jour remise en question par des persécutions, par le manque d’eau et de nourriture, par le climat hostile de ce désert inhospitalier. Le clan de Nhoma a accepté la présence à leur côté du réalisaeur Pierre Mann, visage familier qui depuis trente ans leur rend régulièrement visite, filme leurs coutumes, l’évolution de leur village. Avec des images inédites, parlé en langage buhsmen, ce documentaire entend témoigner de l’évolution de ce « peuple premier » durant les trois dernières décennies. Un document ethnographique unique sur le mode de vie du plus ancien peuple d’Afrique.

 

N'ai, The story of a !Kung Woman, Marshall John,1978, 59'

Ce film offre simultanément une vision générale de la vie passée et présente des !Kung et le portrait intime de !Nai, femme !kung âgée d'environ trente-cinq ans en 1978. !Nai raconte sa propre histoire et, à travers elle, celle des changements intervenus dans la vie des !Kung au cours des trente dernières années. Des images tournées tout au long des années cinquante et d'autres, tournées en 1978, viennent illustrer et compléter ses propos. "Avant l'arrivée des Blancs nous agissions selon nos coeurs" se rappelle !Nai, qui décrit ses souvenirs d'enfance. Tandis que !Nai parle, on voit à l'image des scènes filmées dans les années cinquante, quand elle était jeune fille, puis jeune femme. L'époque contemporaine est ensuite abordée : Tshum!kwi, la réserve du gouvernement sud-africain, où les terres sont limitées en étendue, où l'argent et la dissimulation sont devenus des problèmes sociaux, où la tuberculose règne, et où l'armée sud-africaine vient recruter des !Kung pour combattre l'armée du peuple du Sud-Ouest Africain (Swapo). !Nai se met à jouer d'un instrument à cordes sur lequel elle compose une chanson à propos des tensions engendrées par la vie dans la réserve. Ce film est unique parce qu'il nous permet de suivre les changements survenus dans la société !Kung au cours des trois dernières décennies, sans jamais perdre de vue, l'histoire individuelle de !Nai.

 

 

Kalahari family (série), Marshall John K., 1951-2000, 360'

Cette série de cinq films, tournés entre 1951 et 2000, est consacrée aux Ju/'hoansi, peuple de chasseurs-cueilleurs vivant dans la désert du Kalahari. Elle décrit leur vie et leurs combats.

La collection de films et de vidéos « John Marshall - Bochimans Ju’hoan 1950-2000 », détenue par les Human Studies Film Archives de la Smithsonian Institution, compte parmi les réalisations majeures en anthropologie du XXe siècle. Elle est unique au monde de par l’étendue et la continuité dans le temps de sa documentation audiovisuelle, toute consacrée à un groupe culturel, les Ju’hoansi, une tribu vivant dans le désert du Kalahari, au nord-est de la République de Namibie. Les films, vidéos et enregistrements sonores réalisés sur une période de cinquante ans par John Marshall offrent un témoignage historique sans précédent sur le mode de vie traditionnel et les liens à la terre d’un peuple autochtone, ainsi que sur la transformation de ce mode de vie dans le paysage politique et économique en rapide mutation qui a accompagné la lutte de la Namibie pour l’indépendance. Les Ju’hoansi des années 1950 ont été l’un des derniers groupes à assurer encore leur subsistance grâce à la pratique traditionnelle de la chasse et de la cueillette. Ils habitaient une zone du Kalahari connue sous le nom de Nyae Nyae, où la vie dépendait de l’accès aux points d’eau ancestraux. Ces archives audiovisuelles donnent des informations sur les dernières années de ce mode d’existence fondé sur la chasse et la cueillette, ainsi que sur la présence concrète de la modernité chez les Ju’hoansi durant les décennies suivantes. On les voit sombrer dans la pauvreté, la malnutrition, l’alcoolisme et les violences domestiques, lutter pour recouvrer la maîtrise de leur destin, leur identité culturelle et leurs droits sur leurs terres et leurs points d’eau ancestraux, tenter de créer une économie mixte avec une agriculture de subsistance, s’organiser politiquement au niveau local et entrer dans la communauté mondiale moderne. Ce changement rapide et extrême a pour toile de fond les besoins et les intérêts conflictuels des groupes ethniques voisins, des donateurs soutenant les programmes d’aide internationale, des défenseurs de la faune et de la flore, et du gouvernement de la jeune démocratie namibienne. Cette histoire souvent tragique de perte et de mutations rapides reste caractéristique non seulement de la vie des Ju’hoansi, mais aussi de la vie des groupes autochtones du monde entier. Ce témoignage documentaire visuel n’est pas un don figé fait au monde mais un legs qui peut être continuellement réinterprété et utilisé pour éclairer le dialogue nécessaire actuellement mené sur les droits des autochtones, leur image et les médias autochtones

Texte sur: La collection de films et de vidéos « John Marshall - Bochimans Ju’hoan, 1950-2000 » (États-Unis d’Amérique)