Bibliographie amérindiens du Canada ( voir aussi bibliogrphie du Québec)

BOUDREAUT, René, 2003, Du Mépris au Respect Mutuel, Éd. Écosociété, 224p.

Les questions autochtones ne semblent intéresser le public, les médias et les politiciens qu’au moment des crises qui bouleversent le quotidien. Tous les préjugés sont alors à l’honneur: on dit des Autochtones qu’ils sont arriérés, paresseux, dépendants, gâtés, marginaux, profiteurs du système et qu’ils refusent de s’en sortir. Leurs communautés sont pour la plupart établies dans l’arrière-pays, dans les «régions-ressources», et la cause de leurs problèmes semble remonter à la nuit des temps. La population québécoise et canadienne n’a que faire de ces vieilles histoires et, surtout, d’un mode de vie, d’une culture, d’une vision du territoire et d’un discours différents et dérangeants: ne vit-on pas dans une société tournée vers l’avenir, fondée sur les droits individuels garantis par les grandes chartes des droits et libertés? La réalité n’est cependant pas si simple. Une certaine démystification de ces questions est nécessaire, et c’est la tâche à laquelle s’est attelé René Boudreault, qui côtoie les Autochtones depuis de nombreuses années.

 

DICKASON, Olive Patricia, 1996, Les Premières nations du Canada Histoire des peuples fondateurs depuis les temps les plus lointains, Les éditions du Septentrion, 510p.

L’histoire du Canada commence-t-elle avec l’arrivée des Européens ? Pour l’auteur, la réponse est évidente : il faut éviter de laisser pour compte les « peuples sans écritures » déjà installés sur le territoire. Ne formaient-ils pas une société complexe constituée d’une multitude de nations distinctes, elles-mêmes en contact avec d’autres peuples fortement implantés au sud des Amériques ?

 

DUPUIS, Renée, 1998, Tribus, Peuples et Nations. Les nouveaux enjeux des revendications autochtones au Canada, Ed. Boreal, 170p.

Pourquoi les négociations avec les autochtones ne semblent elles jamais aboutir ? Pourquoi les ententes signées avec eux sont elles systématiquement remises en question ? Les tribunaux leur sont-ils toujours favorables ? Les autochtones sont-ils au-dessus des lois ? Pourquoi se sont-ils si fermement déclarés contre la souveraineté du Québec ? Trop souvent, les autochtones dérangent, agacent, irritent. Ce qui nourrit cette irritation, c'est d'abord et avant tout l'ignorance. Cette ignorance de la question autochtone, relayée par les médias, empêche la majorité des Québécois de l'aborder avec calme et lucidité, et laisse toute la place à l'émotion et au ressentiment. En prenant l'actualité comme point de départ, Renée Dupais donne ici un ouvrage de vulgarisation qui permettra au public de se faire une opinion informée sur les questions que soulèvent les revendications autochtones dans notre société.

 

DUPUIS, Renée, 2001, Quel Canada pour les Autochtones? La Fin de l'exclusion, Éd. du Boréal, 174p.

Dans son essai, Renée Dupuis plaide pour une relecture de l'Histoire qui tiendrait compte du point de vue autochtone. Mais comment, concrètement, celui-ci aurait-il pu être traduit, alors que les Autochtones avaient une culture orale? Comment leur point de vue se serait-il manifesté? "D'abord, il faut arrêter de considérer qu'il n'y a qu'un seul point de vue. D'ailleurs, les textes des jésuites nous démontrent bien qu'il existait déjà des guerres entre nations pour l'occupation des territoires avant que les colons n'arrivent. Ensuite, il faut peut-être faire un effort: en archéologie, il reste beaucoup de travail pour comprendre comment vivaient les peuples autochtones; mais pour cela, une volonté est nécessaire. L'autre chose qui serait, selon moi, un minimum: réexaminer les textes historiques sous un autre angle, se débarrasser de notre perspective du conquérant venu dominer un pays."

 

FEEST Christian-F.,2007, Premières Nations, Collections royales : Les Indiens des forêts et des prairies d'Amérique du Nord, Musée du Quai Branly, 95p.

La partie Est de l'Amérique du nord, qui englobe aussi bien le Canada oriental, les Grands Lacs, la vallée du Mississipi que la région des Prairies, a révélé, dès les premiers contacts avec l'Europe - et la France en particulier- la richesse et la diversité de ses productions matérielles. Vêtements, parures, objets de prestige ou du quotidien rendent compte du raffinement et du savoir-faire de ces populations qui vivaient en parfaite harmonie avec la nature. Dès le XVIIe siècle, beaucoup de pièces rapportées par des missionnaires, des explorateurs ou des commerçants sont arrivées dans les collections royales de France au titre de " curiosités " avant d'enter en tant que " spécimens ethnographiques " dans les institutions publiques. Témoignages inédits des Premières Nations dont les traditions ont évolué au fil du temps et des échanges avec le Vieux Continent, les œuvres constitutives de cet exceptionnel patrimoine artistique ancré dans l'histoire de l'humanité sont désormais réunies au musée du quai Branly.

 

 

FRAISSÉ Marie-Hélène, 2008, Radisson : Indien blanc, agent double (1636-1710), Actes Sud , 349p.

Après une enfance modeste, en France puis au Canada dans la petite bourgade de Trois-Rivières, le jeune Pierre-Esprit Radisson est capturé, torturé et finalement adopté par les indiens Mohawk du haut Hudson. Façonné par cette dure expérience, rompu aux langues et aux coutumes amérindiennes, il devient un Indien blanc, un véritable métis culturel. Conscient que les puissances coloniales ont besoin d'intermédiaires comme lui pour exploiter l'or doux (les fourrures) du Nouveau Continent, il se lance dans une carrière très moderne de libre entrepreneur, assurant le lien entre les autochtones et les réseaux politico-commerciaux européens. Bravant les hypocrisies de l'Ancien Régime avec une joyeuse insolence, il séduit les monarques comme les Sauvages, et finit sa vie à Londres dans la peau d'un gentleman patriarche, quoique désargenté. Radisson (1636-1710), contemporain de Louis XIV, éclaire son temps de manière crue. Doté - jusqu'au cynisme - du génie de la négociation, cet aventurier trace sa route avec autant d'aisance en terre inconnue qu'à travers les frontières sociales d'un monde où la naissance fixe encore les destins. Les historiens du Québec l'ont longtemps stigmatisé comme traître. Il a indéniablement - avec Desgroseilliers, son inséparable beau-frère et compagnon d'aventure - fourni un atout considérable à l'Angleterre en l'aidant à fonder, en 1670, un empire commercial et territorial sans équivalent : la Compagnie de la baie d'Hudson.

 

 

GRAMMOND Sébastien, 2003, Aménager la coexistence - Les peuples autochtones et le droit canadien, Bruylant,440p.


La nécessité de reconnaître les droits des peuples autochtones est une réalité à laquelle font aujourd'hui face de nombreux pays. Le Canada, à cet égard, est souvent cité en exemple. En effet, depuis une trentaine d'années, le statut juridique des autochtones y a connu une évolution fulgurante. Les droits des autochtones font maintenant partie de la constitution du pays et les tribunaux sont appelés à en assurer la prééminence. Le livre de Sébastien Grammond arrive donc à point : il propose une synthèse introductive de la matière qui permet d'en appréhender les axes principaux. Il examine également les dimensions historiques, philosophiques et internationales du droit des autochtones. D'abondantes références à la jurisprudence et à la doctrine font aussi de ce livre une référence essentielle pour le praticien. L'ouvrage fait apparaître l'originalité des concepts juridiques employés pour définir les droits des autochtones au Canada. Les droits territoriaux des autochtones ne peuvent être assimilés à la propriété privée ; ce sont des droits " ancestraux " qui trouvent leur source dans l'occupation immémoriale du territoire et les systèmes juridiques proprement autochtones. La technique du traité, un instrument juridique original qui n'est ni un simple contrat ni un traité international, a été utilisée dès les premiers contacts entre Européens et autochtones et sert encore de nos jours à définir les conditions de la coexistence entre les deux groupes. Mais c'est l'évolution du statut politique des autochtones qui est la plus remarquable : considérés il y a un demi-siècle comme des pupilles de l'État, les autochtones jouissent maintenant d'un droit à l'autonomie gouvernementale dont on commence à peine à entrevoir la portée. On assiste donc à une transformation graduelle du fédéralisme canadien pour faire une place à ce " troisième ordre de gouvernement " que constituent les autochtones.

 

HARGOUS Sabine,1980,Les indiens du Canada, Ed.Select, 188p.

Qui sont les Indiens du Canada en 1980? Que sont devenues leurs cultures, leurs organisations tribales, leur conception du monde et de la vie après trois siècles d'oppression implacable? Quel rôle enfin peuvent-ils être amenés à jouer dans ce vaste pays dont l'écologie est chaque jour davantage menacée? Réalisé à partir d'enquêtes minutieuses, cet ouvrage, loin de céder à une vision passéiste et romantique du sujet, traite directement de l'actualité. Les Indiens du Canada, aujourd'hui, ne se contentent plus de survivre. Ils s'opposent désormais de toutes leurs forces à l'acculturation multiple qui leur est imposée sous prétexte d'assistance, et défendent leurs territoires - parfois fort riches - avec une foi exemplaire. L'esprit indien refleurit dans les réserves. Les Indiens du Canada ont entamé un combat de longue haleine dont l'enjeu est la reconnaissance des droits inaliénables de toute nation : le droit d'habiter sur ses terres, d'y conserver son identité, le droit enfin d'y exister en paix. Sabine Hargous. Ethno-sociologue, elle est l'auteur de plusieurs ouvrages sur les problèmes indiens.

 

HAVARD Gilles ,2003, Empire et métissages - Indiens et Français dans le Pays d'en Haut 1660-1715, PU Sorbonne, 858p.

Le pays d'en Haut, sis au cœur de l'Amérique du Nord, sur les rives des Grands Lacs et du Mississippi, est né de l'imbrication de deux " sociétés " : quelques centaines de Français d'un côté (coureurs des bois, missionnaires et militaires) et plusieurs dizaines de milliers d'Indiens de l'autre. Cette rencontre suscita de multiples formes échanges, d'acculturation, de métissage et d'interdépendance. Dans cette approche reposant à la fois sur l'histoire, l'anthropologie et la géographie, Gilles Havard étudie la genèse de ce territoire. Il met en scène les relations franco-autochtones entre 1660 et 1715, époque où la Nouvelle-France, d'abord confinée dans la vallée du Saint-Laurent commence à se dilater à l'échelle du continent. Attentif à la dimension " génésique " du contact, mais aussi aux mécanismes objectifs de la colonisation et de la conquête, l'auteur analyse simultanément l'indianisation des Français et la manière dont le pays indien se transforme en marge d'empire. Loin des préjugés ethnocentriques de l'historiographie traditionnelle comme des poncifs de la bienséance politique, cet ouvrage renouvelle notre compréhension de la construction des empires coloniaux et des relations interculturelles à l'époque moderne.

 

LE PULOCH Marine, 2007, Le piège colonial , Histoire des traités de colonisation au Canada. Ed. L’Harmattan, 306p.

Cet ouvrage examine l'histoire excessivement complexe des rapports entre allochtones et autochtones au Canada, et se penche sur la situation actuelle - grâce à l'étude sur les Indiens Cri du Lubicon - pour déterminer les conséquences de la colonisation et des traités qui en ont été la forme juridique. Il se situe donc au confluent de l'histoire, de l'anthropologie et du droit anglo-saxon. Voici une analyse de l'histoire de la colonisation intérieure canadienne depuis le XVIIè siècle jusqu'à nos jours.

 

MORISSET Jean, 2010, Mémoire d'encrier.231p.

Les chiens s'entre-dévorent... Indiens, Blancs et Métis dans le Grand Nord canadien, publié pour la première fois en 1977, nous interpelle encore. Les Autochtones, pauvres, marginalisés, parlent de leur existence. Cet ouvrage, résultat d'une enquête sur un projet de création de pipeline, présente leur point de vue : le combat pour la reconquête de leur voix, de leur territoire et de leur langage. Aujourd'hui plus que jamais, le monde est face à l'urgence de la condition autochtone dont le statut politique et la situation socioéconomique demandent à être repensés. Dans Les chiens centre-dévorent..., Jean Morisset montre la voie.

 
NOEL Christine,2005, La Culture Traditionnelle des Montagnais de Mashteuiatsh, Septentrion.  

OTIS, Ghislain, 2004, Droit, territoire et gouvernance des peuples autochtones,Ed. Les Presses de l'Université Laval, 197p.

Les relations entre les peuples autochtones et les pouvoirs politiques canadiens n'ont pas toujours été - et ne sont pas forcément aujourd'hui - salutaires. Historiquement, une litanie de conflits et d'interminables procès attestent que le gouvernement fédéral a souvent fait preuve d'une profonde incompréhension envers les revendications et les pratiques ancestrales des Premières nations. Malgré des séries d'événements regrettables, le gouvernement canadien semble aujourd'hui faire preuve d'une volonté politique visant à apporter des changements de fond dans l'état de ses relations avec les peuples autochtones, ainsi qu'une amélioration de leurs conditions de vie. Depuis le rapatriement de la constitution et avec l'adoption de la Loi constitutionnelle de 1982, plus précisément de son article 35 qui assure une reconnaissance des droits des peuples autochtones, d'autres événements ont renforcé cette perception de volonté politique.

 

RODON Thierry, 2003, En partenariat avec l'État. Les expériences de cogestion des Autochtones du Canada, PU Laval, 320p.

Les traités modernes instituent un partenariat entre les Autochtones et l’État en vue de la gestion des ressources ; ce dernier se concrétise dans les expériences de cogestion des " ressources renouvelables ". Le malentendu commence avec cette dénomination. La nature est-elle une " ressource " ou un milieu de vie ? Est-on les gestionnaires ou seulement les gardiens du territoire ? Doit-on maximiser le rendement des ressources ou respecter la relation entre les hommes et la nature ? Toutes ces questions sont au cœur de l’expérience de cogestion. Cet ouvrage explore la capacité des autochtones à survivre à la négociation et au partenariat avec l’État. Assiste-t-on à une forme d’assimilation et de domination ? Se crée-t-il plutôt un échange entre la vision autochtone et la vision occidentale de la nature ? La cogestion n’est-elle qu’un grand malentendu ? Pour répondre à ces questions, l’auteur analyse les relations de pouvoir qui se sont établies dans cinq expériences de cogestion " des ressources " au Canada : la Convention de la Baie-James et du Nord québécois ; le Beverly and Qaminirjuak Caribou Management Board et la Convention définitive des Inuvialuit dans les Territoires du Nord-Ouest, le Wendaban Stewardship Authority en Ontario et le Nunavut Wildlife Management Board.
 

SERVAIS Olivier, 2005, Des Jésuites chez les Amérindiens ojibwas -XVIIe-XXe siècles, Kharthala,664p.

Histoire et ethnologie sont mises en oeuvre dans ce livre pour réexaminer la rencontre entre missionnaires jésuites et Amérindiens. L'auteur essaie de montrer dans le cas des Ojibwas qu'ils n'ont pas subi passivement la colonisation et la christianisation blanches.Même pendant la période de conquête la plus intense (fin du XIXe et début du XXe siècle), les Ojibwas ont développé une stratégie de résistance.

 

 

SIMARD Jean-Jacques, 2003, La Réduction - L'autochtone inventé et les Amérindiens d'aujourd'hui, Setentrion,430p.

Pour les initiés de l'histoire du Canada, le mot " réduction " rappelle les petites missions créées par les missionnaires jésuites, ancêtres des réserves indiennes actuelles. Pour l'auteur, le concept de réduction évoque plus largement la clôture organisée de l'univers des premiers Américains, comme lieu à la fois physique et imaginaire, géographiquement, politiquement, économiquement, juridiquement, mentalement. On trouvera ici une vingtaine de textes publiés depuis le début des années 1970 jusqu'à hier. Au gré des événements qui ont marqué le monde amérindien ces dernières années, au Nord du Québec surtout, ces essais s'attardent d'une manière ou d'une autre sur la condition contemporaine de la " classe " autochtone. " Être Indien ou Inuit dans le monde d'aujourd'hui ", affirme l'auteur dans un style critique, vigoureux et sans ménagement, " n'est qu'une manière particulière parmi d'autres d'appartenir à la société moderne ". Sorte d'adieu à l'" Autochtone inventé ", ce livre crucial, assis sur une complicité durable, à la fois pratique et réfléchie, avec certains " Amérindiens d'aujourd'hui ", nourrit d'illustrations concrètes une espérance réalisable : celle de sortir ensemble, Autochtones et Autres, du régime historique de " la Réduction ".

 

VAUGEOIS Denis,1995, La fin des alliances franco-indiennes, Boréal, 290p

La Cour suprême du Canada, dans son " arrêt Sioui " de 1990, accorde à un sauf-conduit de 1760 la valeur d'un traité. Que dit exactement ce document ? Où est l'original ? D'où provient la copie déposée en cour ? Comment la Cour d'appel a-t-elle pu tout récemment reconnaître le traité d'Oswegatchie sur de simples évocations ? Sans document précis ? Denis Vaugeois nous livre une enquête passionnante. Le lecteur y suivra une intrigue fertile en rebondissements, où des révélations capitales naissent des plus simples observations..

 

WASSERMAN Michel, 2004, Le dernier potlatch les indiens du Canada, L'Harmatan,125p.

Fête du don et de la prodigalité, le potlatch constituait le centre de la vie sociale et spirituelle des peuples aborigènes de la côte du nord-ouest de l'Amérique. Il trouve son expression plastique la plus fascinante chez les Kwakiutl de Colombie Britannique, qui opposèrent une résistance farouche aux admonestations du colonisateur canadien, préoccupé d'inculquer à ses populations sous tutelle les principes de la morale économique. A la suite d'une cérémonie de 1921 qui fut marquée par d'exceptionnelles et quasi surréalistes distributions de biens somptuaires, l'administration réagit avec vigueur, prononçant des peines d'emprisonnement et confisquant un ensemble de plusieurs centaines de masques et autres objets rituels qui s'en allèrent dormir durant un demi-siècle dans les réserves des musées d'anthropologie de l'est canadien. Le présent ouvrage replace cette cérémonie flamboyante et fatale dans l'histoire de l'institution du potlatch, et retrace les efforts accomplis par les Indiens pour que le patrimoine dont ils avaient alors été spoliés, et qu'ils percevaient comme un élément essentiel de leur identité culturelle, leur soit restitué à l'aube des années quatre-vingt, tandis que deux musées étaient édifiés sur leurs terres pour accueillir les objets rapatriés.

 

WHITE Richard, DESBARAT Catherine, 2009, Le Middle Ground : Indiens, empires et républiques dans la région des Grands Lacs : 1650-1815, Anacharsis, 731p.

Immense fresque narrative, ce chef-d'oeuvre de la littérature historique raconte comment, près de deux siècles durant, les Blancs et les Indiens de la région des Grands Lacs ont tâché de construire ensemble, malgré des logiques conflictuelles et divergentes, un monde mutuellement compréhensible. De cette rencontre est né le " Middle Ground ", un " terrain d'entente ", une société singulière fondée sur des pratiques, des codes, des usages et des moeurs partagés, sans cesse malmenés et remis en question mais toujours renaissants. Jusqu'au rejet définitif de la recherche de cet accommodement au début du XIXe siècle. Autrement dit, jusqu'à la ruine du monde commun, le refoulement des Indiens dans une altérité immuable, et l'oubli même de l'existence du Middle Ground. Comme un continent englouti surgissant des flots, Richard White révèle les couleurs et la vie de cet univers prétendument " périphérique ", très nettement ignoré par l'historiographie traditionnelle. Ce faisant, il oblige à repenser les mécanismes coloniaux dans leur ensemble, aussi bien que les moments fondateurs de la naissance des États-Unis d'Amérique. Avec l'élaboration de sa fertile métaphore du Middle Ground, White pose ici une pierre angulaire epistémologique comparable à la " Méditerranée " de Fernand Braudel.