LES EVENEMENTS DE LUMACO

Les événements de Lumaco comme révélateurs des revendications socio-territoriales du mouvement mapuche contemporain

"Lumaco: la cristallisation du mouvement d'autodétermination mapuche"
( Fernando Pairican Padilla: Communauté des historiens mapuche )

 

Le 1er décembre 1997, trois camions de l’entreprise Forestal Arauco sont attaqués à coups de cocktail Molotov par une dizaine de personnes masquées sur un chemin au beau milieu des exploitations forestières de la commune de Lumaco.

L’attaque ne fait aucune victime, puisque les chauffeurs étaient sortis des camions avant leur incendie, tandis que les attaquants prenaient la fuite, disparaissant dans les exploitations forestières.

Les dirigeants de la communauté voisine, Pichilonkoyan, qui maintiennent un conflit foncier avec l’entreprise forestière depuis de nombreuses années sont montrés du doigt.

Forces spéciales, hélicoptères militaires, inspecteurs en civil et journalistes investissent, en quelques heures, le village de Lumaco.
Plusieurs domiciles d’une vingtaine de communautés voisines sont perquisitionnés, et une douzaine de personnes arrêtées.

Le gouvernement déclare la Loi de Sécurité Intérieure de l’État (N°12.927), une législation d’exception rarement appliquée qui fut promulguée en 1958 et établit une zone d’état d’urgence limitant certaines libertés. Cette décision renforce le caractère spécial et grave de la situation vécue à Lumaco et à ses alentours.

Quant à la presse locale et nationale, c’est avec sensationnalisme qu’elle va couvrir l’événement.
Les médias insistent notamment sur le climat « explosif » et le met en relation avec la grande pauvreté des communautés mapuche de cette zone.

Lorsque la thèse de la participation de groupes armés révolutionnaires est soulevée par les enquêteurs, les médias s’empressent de la rallier et de l’amplifier, à coup de titres chocs, « ¡Son terroristas! Estrategia subversiva en Lumaco. Ocultos tras causa mapuche » (El diario Austral, 6 décembre 1997), arborant cette conviction durant plusieurs semaines.

Ces événements provoquent de nombreuses réactions politiques, policières et judiciaires, mais également du côté des organisations mapuche et d’une partie de la société civile chilienne.

 

Cette dernière forme une « Commission spéciale d’observateurs pour connaître les faits qui ont eu lieu dans les communautés de Lumaco » afin d’éclaircir les circonstances de ces violences.

Finalement, plusieurs mois plus tard, l’enquête aboutira à la condamnation de 5 personnes, toutes d’origine mapuche, à des peines allant de 3 à 5 ans de prison avec sursis.
Parmi eux, Anibal Salazar Huichacura, a refusé cette condamnation comme auteur intellectuel et ne s’est pas présenté au contrôle mensuel de détention, ce qui lui vaudra lorsqu’il sera arrêté au mois de juillet 2000 de devenir le premier « prisonnier politique mapuche » de longue durée.

C’est l’enchaînement de ces différents faits, ajouté à la multiplication des occupations de terrains d’entreprises forestières par des communautés de la province d’Arauco durant les semaines suivantes, qui va donner consistance et un caractère pluriel aux événements de Lumaco.

 

Source :

Leslie Cloud & Fabien Le Bonniec Entre logiques d’Etat et autochtonie: dynamiques de la territorialité mapuche à l’heure du droit à l’autodétermination des Peuples Autochtones
Le BonniecCFabien, 2009, La fabrication des territoires Mapuche au Chili de 1884 à nos jours. Communautés, connaissances et État

 

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