ASIE




Les autochtones en Asie


Plusieurs gouvernements asiatiques ainsi que maintes universitaires ont soutenu que cette définition s’applique seulement aux peuplés conquis des Amériques, de l'Australie, de la Nouvelle Zélande et du Pacifique, et exclue ainsi les peuples tribaux d’Asie et d’Afrique principalement mais aussi quelques minorités ethniques d’Europe.

Dans les pays d’Asie et d’Afrique où les flux migratoires se sont succédé continuellement depuis des millions d'années,   il est impossible d’identifier un groupe comme autochtone seulement sur des raisons chronologiques. La déclaration un peu ironique du représentant du gouvernement indien après le départ des Britanniques – les "étrangers" qui ont gouverné l'Inde pour 200 ans – disant que seulement des peuples autochtones sont restés en Inde et en conséquence, tous les Indiens sont des autochtones, montre la faiblesse de cette méthode d'identification des peuples autochtones d'Asie et d'Afrique.
Les gouvernements asiatiques ont profité de cette confusion dans la définition  des Nations Unies pour exclure des millions de peuples tribaux d’Asie et d’Afrique d’être désignés en tant que « peuples autochtones ». Ces peuples, qu’on appelle "settled tribes" en Inde, "tribus" en Bangladesh, Malaisie, Népal, Pakistan et Thaïlande, et "nationalités" en Birmanie (Myanmar) et en Chine, sont considérés comme des minorités dans le cadre d’un état nation. La raison de cette exclusion est le fait que les peuples tribaux de ces pays ne sont plus colonisés par des puissances d’outre mer. Une telle approche est historique, structurelle et partisane. De plus, elle ignore le phénomène de colonisation interne par des groupes non-tribaux à l’intérieur des structures étatiques, à la fois dans le passé et à présent.
Nous avons déjà vu que le terme "tribu" est étroitement lié à la montée du colonialisme européen et à son idéologie raciste et hégémonique. Malgré sa connotation idéologique, le terme a survécu surtout dans ces pays post-coloniaux où une petite partie de la population a été classifiée en tant que "tribus". Même si son utilisation varie d’un pays à l’autre, il a toujours eu une connotation négative. Dans le milieu universitaire de ces pays ce terme est encore défini de la même manière qu’il avait été fait au milieu du XIXème  siècle par des universitaires européens comme Morgan. C’est important de comprendre ceci afin de ne pas se laisser confondre par les différentes terminologies utilisés par les gouvernements. En Chine ou à Myanmar, le terme en usage est celui de "nationalité". Ceci n’est pas une reconnaissance d’un partenaire égal dans une assemblée de nationalités différentes. 
Le terme est utilisé pour définir une minorité, qui nécessite d'être "développée et intégrée" dans le courant principal de la société chinoise ou birmane. En fait, le terme "nationalité" conserve tous les attributs négatifs et péjoratifs de "tribu".
Examinons maintenant le terme hindi de "Adivasi" qui est utilisé couramment en Inde pour décrire les peuples tribaux. Le mot provient des textes religieux hindis. Traduit littéralement il signifie "les habitants originaux". Mais ceci n’est pas la signification dans laquelle il est utilisé habituellement. Il était utilisé dans un contexte social et culturel pour parler des gens qui se trouvaient en dehors du système social hindi. Il faisait référence à des gens qui avaient une culture, une religion, une langue et un système social différent.
Mais cette reconnaissance de "l’altérité" ne signifiait pas qu’ils étaient acceptés en tant qu’égaux. Les Hindous et les Adivasi n’avaient pas de relations sociales ou maritales. En conséquence, le terme "Adivasi" a été utilisé d’une manière dérogatoire pour désigner les  habitants de la forêt  et les  hommes qui ne sont pas propres.

Un débat politique

Tout au long de l’histoire humaine, les hommes se sont déplacés d’un endroit à l’autre, d’un continent à l’autre. Les influences interculturelles et les dynamiques internes sont proches des processus historiques universelles. Avant l’avènement du colonialisme et du capitalisme mondial, les communautés vivaient apparemment dans une coexistence pacifique et entretenaient des relations syncrétiques dans des sociétés culturellement diverses. Dans certains cas, les hommes plus puissants d’un point de vue économique et militaire poussaient ceux relativement plus faibles dans des régions fragiles d’un point de vue écologique. Par exemple, beaucoup de savants indiens croient que les Ariens qui sont arrivés en Inde en 1500 a.J. ont subjugué une partie des peuples autochtones du sous-continent et les ont placés dans un échelon inférieur du système des castes, tandis que les autres, qu’ils n’ont pas pu transformer en esclaves, ont été poussés dans les hauts plateaux et forêts où ils ont joui d’une relative autonomie. Cette interprétation de l’histoire peut ou pas être vraie.

Le soi-disant débat conceptuel restera sans conclusion véritable

Aucun concept ne peut définir une réalité de manière complète. Mais ce qu’il convient de noter est que la raison principale pour exclure les peuples tribaux d’Asie n’est pas conceptuelle mais politique. Et en conséquence, c’est un débat politique qui doit se concentrer sur le manque de pouvoir des peuples tribaux et sur leur lutte pour la justice et le redressement des inégalités des systèmes actuels des structures de pouvoir nationaux et internationaux. Il est temps de regarder les mécanismes qui perpétuent leur subjugation et subordination à la fois dans les pays où ils vivent et dans le système économique actuel.
Presque tous les peuples tribaux et autochtones d’Asie vivent dans des régions relativement isolées, avec très peu de ressources. Pendant la période coloniale, la plupart de forêts dans les régions accessibles des terres tribales ont été enlevés. Les gouvernements post-coloniaux ont suivi les mêmes politiques. En Bangladesh, les tribus Chakma et Hajong ont été déplacées de leurs territoires. En Thaïlande, le Département royal des forêts est en train de déplacer les peuples tribaux de leur territoire traditionnel soi-disant afin de protéger l'environnement. Au Népal, où les peuples tribaux constituent la majorité de la population, il leur a été refusé le droit de participer à la gouvernance du pays. En Birmanie, au moment de l’indépendance dans les années 40, le gouvernement fédéral a été d’accord pour octroyer la souveraineté interne entière à toutes les communautés ethniques. Malgré cela, pendant les 15 années suivant l’indépendance les autorités ont décidé d’imposer le bouddhisme comme religion d’état. Le gouvernement a initié un programme d’intégration forcée de tous les peuples tout en leur niant même le droit d'imprimer des livres dans leur propre langue. Cette politique continue encore.
En Inde, malgré la protection assurée par le cinquième et le sixième article  de la Constitution indienne, les peuples tribaux ont perdu la plupart de leurs terres. Leurs droits sur les forêts et les produits forestiers ont été transformés en concessions par la loi. Des usines gigantesques, des mines, des projets électriques et des barrages ont été implantés à l'intérieur de leur territoire. Des millions de peuples tribaux ont été déplacés malgré le fait que leur pays avait ratifié la Convention du Bureau International du Travail no 107. Dans la partie nord est de l’Inde, l’armée a été laissée libre de réprimer les mouvements des peuples tribaux de là-bas. Dans la partie centrale de l’Inde, quand les peuples tribaux se sont rebellés pendant les années ’70 pour réclamer leurs droits à la terre, eau et forêts, ils ont été tués.
Ceci n'est pas une abréviation pour ethnocide. Leur survie économique et culturelle est en jeu. La pauvreté, la malnutrition, la mortalité, l'analphabétisme et le chômage sont plus élevés parmi les peuples tribaux que parmi le reste de la population de ces états.  Le paradigme technocratique du développement sponsorisé par les politiques de libéralisation économique et mondialisation du FMI et la Banque Mondiale met un défi majeur aux perceptions traditionnelles holistiques des peuples tribaux par rapport à leur environnement naturel. L’ouverture des aires tribales aux corporations multinationales érode  leurs valeurs orientées vers la communauté, leurs identités collectives, leur héritage cognitif, leur cadre socioculturel et linguistique différent, leur système consensuel de prendre des décisions. Les politiques d’assimilation et d'intégration nationale, incluant l’éducation et les politiques linguistiques, contribuent ensemble à cet ethnocide.
Pour conclure, nous pouvons dire que la confusion sur  les « tribaux », les  « tribus répertoriées » et les « nationalités »  des pays asiatiques peuvent être qualifiés d’autochtones ou pas ont peu à faire avec la clarté conceptuelle. Cela a un lien avec les politiques de la classe dominante. Comme les luttes des peuples tribaux d’Asie et des peuples tribaux d’Amérique du Nord et de Sud, d’Australie et de Nouvelle Zélande sont similaires, et comme les efforts actuels des Nations Unies visent à institutionnaliser des meilleurs instruments juridiques pour les peuples autochtones, les peuples tribaux d’Asie devraient être considérés comme autochtones dans le contexte d’instruments internationaux. Il est vrai qu’une déclaration est un instrument très faible  et n’a pas de valeur juridique, tout de même elle a une force morale et exerce une certaine contrainte sur les états.
Tapan Bose est le Secrétaire général de l'organisation The Other Media à Delhi. C'est un activiste important des droits humains en Inde et travaille avec des organisations de droits humain et avec des peuples autochtones d'Inde depuis 15 ans. Il est également un réalisateur connu mondialement et a fait une série des films qui parle de la situation des peuples autochtones en Inde. En 1984, il publie une des études les plus compréhensives sur les peuples autochtones: "Scenarios of the 7 per cent".

Traduction par le GITPA (Anna Maria Stan ) de l’article de Tapan K.Bose : Definition and delimitation of the indigenous peoples of India in Vines that won’t Bend. International Working Group In Asia (IWGIA) 1996.