BIRMANIE

RAPPORT D'UNE MISSION D'INFORMATION DU GITPA SUR LES ROHINGYAS

Du 5 au 15 mars 2018, Jean-Philippe Belleau, membre du réseau des experts du GITPA a réalisé une mission d'information dans les camps de réfugiés Rohingyas au Bengladesh.

Cette mission pour le GITPA a pu être menée grâce au College of Liberal Arts de l’Université du Massachusetts à Boston
et à l’ONG Health and Education for All (HAEFA) -- Haefa.org


Résumé

Ce rapport est le premier par une organisation spécialisée dans les droits autochtones. Il reproduit verbatim les récits de réfugiés rohingya interviewés en mars 2017. Les données recueillies lors de cette enquête contredisent les conclusions des rapports de plusieurs ONG de droits de l’homme.

1. La crise de 2017 ne doit pas être isolée mais placée dans une longue durée de conflits qui durent depuis les années 40.

2. Comme souvent lors de violences de masse, l’historiographie, notamment l’histoire démographique, est un terrain contesté et polarisé. La difficulté à se baser sur des chiffres démographiques fiables, hormis ceux des recensements menés par les Britanniques pendant la période coloniale, aggrave la polarisation. Néanmoins, la présence musulmane en Arakan (aujourd’hui Rakhine) est ancienne et avérée par les sources primaires.

3. A partir du 25 août 2017, l’armée birmane (Tatmadaw) a clairement visé à vider les cantons de (1) Maungdaw et de (2) Buthidaung, ainsi que d’une (3) micro-région de Ruthidaung (adjacente à Maungdaw) de leur population musulmane, au travers d’une campagne de terreur qui inclut des exécutions sommaires, des viols, des atrocités, et au moins deux massacres. Dans ces trois zones, les Rohingyas constituaient la grande majorité de la population.

4. Le modus operandi de la violence a été généralement le suivant: (1) l’armée entre dans un village, tire sur des villageois, l’incendie, et commet parfois des atrocités ; (2) la population de ce village fuit et se cache dans un ou plusieurs muro (forêts, montagnes) pendant plusieurs jours; (3) l’armée ne les poursuit pas; (4) enfin la population du village se met en marche, parfois pendant plusieurs jours, jusqu’à la frontière bangladaise, où elle est prise en charge par l’armée bangladaise.

5. La violence faite aux femmes est avérée par les témoignages. Néanmoins, la cible première de l’armée birmane a été les hommes, et notamment ceux entre 20 et 30 ans qui sont de manière disproportionnée les victimes principales de cette violence de masse.

6. Deux sphères d’explications s’opposent: soit l’armée Birmane s’est lancée dans un combat anti-insurrectionnel, soit ses actions étaient préméditées. La première version renvoie à l'« approche fonctionnaliste » (l’idée que la répression est improvisée et suit un cours historique) ; la deuxième correspond au « paradigme intentionnaliste » (la notion que la politique de répression était préméditée et motivée essentiellement par le racisme anti-Rohingya). Néanmoins seule une enquête poussée du côté birman de cette crise pourrait identifier les raisons et les auteurs de cette violence. Néanmoins, les officiers et soldats de Tatmadaw sont les exécutants principaux, suivis par la police des frontières (Border Guard Police, BGP). Des civils maugh (Bouddhistes, non Birmans) ont parfois participé aux exactions.

7. L’absence de représentation, de leadership et d’interlocution des Rohingyas est un fait anthropologique notable qui leur est politiquement très préjudiciable dans le contexte actuel. 8. Tous les Rohingyas interrogés souhaitent retourner en Rakhine, mais à la seule condition d’être reconnus formellement comme citoyens birmans.

Qui sont les Rohingyas?
Historique de l'Arakan
La danse des chiffres démographiques
Les évènements de 2017
Récits des réfugiés Rohyngias interviewés par le GITPA
Les aspects de la violence
Rapport complêt de la mission (pdf)

www.gitpa.org