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NEPAL

Après des années de discussions sur le choix d'un découpage territorial
sur base identitaire (provinces monoethniques) ou géographique ( provinces multiethniques)
l’Assemblée Constituante adopte une nouvelle Constitution et
un découpage en 7 provinces


Remarque : cette carte, montre en fait "les principales populations népalaises" (dans son titre) plus que les "ethnies népalaises".
En effet, les Pahari mentionnés sont des populations de caste qui s'opposent aux groupes ethniques.

Le 16 septembre, l’Assemblée constituante du Népal a voté, à la très forte majorité de 507 voix sur un total de 601, une nouvelle Constitution pour le pays, mettant ainsi un terme à un laborieux et délicat processus entamé il y a huit ans. Le nouveau texte, affirme le caractère laïc  des institutions népalaises, tout en encadrant sévèrement la liberté religieuse, notamment la liberté de changer de religion pour près de 28 millions de Népalais, dont 80 % sont hindous.

Parmi  les sujets qui ont été longuement débattus par l’Assemblé constituante est celui du  découpage territoriale en provinces sur une base identitaire (provinces monoethniques) ou géographique ( provinces multiethniques).

Trois questions du GITPA (Patrick Kulesza) a Gérard Toffin,
Directeur de recherche au CNRS, Centre d’études himalayennes

Q: Quel découpage territorial a été finalement retenu et figure dans la nouvelle Constitution ?

Après avoir longtemps hésité et tergiversé, les leaders des deux principaux partis politiques qui ont remporté les élections générales de novembre 2013, — le parti du Congrès népalais et les communistes réformistes du CPN-UML — ont découpé le pays en sept régions (pradesh). Les Maoïstes de UCPN (M), minoritaires, se sont joints à l’accord. Le Madhesi Janadikhar Forum, l’une des principales forces politiques du Terai, la bordure sud du pays, les ont suivi dans un premier temps, puis se sont retirés, en désaccord sur la nouvelle structure fédéraliste proposée. L’Assemblée constituante (qui comprend des représentants de toutes les populations du pays) a approuvé cette nouvelle structure à une large majorité.

Q: Sur quels critères ce découpage a t-il été réalisé ?

Les régions retenues correspondent grosso modo aux vieilles divisions géographiques du pays : à l’ouest, extrême-ouest, au centre, et à l’est. Elles suivent d’assez près les grands bassins hydrographiques du Népal et ne sont pas fondamentalement différentes des anciennes « zones », anchal, des régimes précédents. Le principe a consisté à lier les régions des collines à celles du sud (les plaines du Terai). Cinq des sept nouvelles régions suivent ce principe. Une seule province, au centre-est, autour de la ville de Janakpur, ne regroupe que des plaines du sud. Dans l’ensemble, les principes économiques et politiques ont prévalu sur les revendications « indigénistes » des populations ethniques et celles des populations Madhesi (de castes indiennes) du Terai qui voulaient une ou deux régions spécifiques au Terai. Les leaders ont cherché à créer des unités économiquement viables et à éviter toute menace d’éclatement du pays. Ils ont également manifesté une certaine méfiance envers le puissant voisin indien.

Q: Quels ont été les termes du débat et les forces politiques qui sont intervenues dans la nouvelle structure fédérale ?

Cette nouvelle structure fédéraliste impose le point de vue des hautes castes hindoues des collines, celles là même qui dominent le pays depuis plus de deux siècles et monopolisent en partie le jeu politique. Elle est en continuité avec le passé. Elle est rejetée violemment par les mouvements « indigénistes » Adivasi-Janajati qui militent en faveur des droits de populations ‘autochtones’, minoritaires (représentant toutefois près de 35 % de la population du pays), et qui s’opposent aux hautes castes hindoues, notamment aux Brahmanes. La fédération NEFIN (Nepal Federation of Indigenous Nationalities), qui regroupe la plupart des militants de ces groupes ethniques, a immédiatement manifesté son désaccord et sa volonté de continuer la lutte. Elle milite en faveur de régions ethniques autonomes avec une reconnaissance des langues locales. Les groupes ethniques voient aussi d’un mauvais œil l’extension de la notion de ‘peuple autochtones’ à des castes hindoues, telles les Khas. Leurs leaders restent cependant divisés et ne sont pas représentés à l’assemblée. Les Madhesi du Terai rejettent également le nouveau découpage. Ils s’estiment lésés. Le Terai du reste est en proie à des violences répétées depuis plus de trois semaines. Les routes sont coupées. Ces violences opposent les Madhesi (mais aussi les Tharu, la population Adivasi-Janajati ancienne du Terai) aux forces gouvernementales. L’Inde qui, traditionnellement, soutient les populations Madhesi, a ajouté aux tensions locales en imposant un blocus non officiel des principes routes frontalières. Delhi entend ainsi imposer des amendements qui prendraient davantage en compte les populations du Terai et assuraient mieux leur représentativité à l’échelle nationale. La frontière commune entre les deux pays, il faut le noter, est longue de 1750 km. Et le Népal dépend de l’Inde pour sa survie économique.



Ouvrage de référence : Politics of Ethnicity in India, Nepal and China.
Marine Carrin, Pralay Kanungo, and Gérard Toffin (eds), Delhi, Primus, 2014, 343 p.


Lien vers le chapitre Népal du site GITPA

www.gitpa.org

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