1/2016

LE COURRIER INTERNATIONAL SEMESTRIEL
DES PEUPLES AUTOCHTONES
www.gitpa.org


 

Toute l'équipe du GITPA vous souhaite
une belle et heureuse année 2016

 

 

Le GITPA est la seule organisation de défense des droits des peuples autochtones constituée d'un réseau d'experts et de militants qui travaillent, de façon totalement bénévole.

Les voyages que les membres du Bureau effectuent aux Nations unies (à Genève et à New york)
et pour des missions d'information sont à leur charge exclusive.

Le GITPA fait appel à votre contribution uniquement pour les frais de maintenance et d'hébergement du site internet (www.gitpa.org ), les droits d'achat de photos et pour couvrir les coûts de l'édition de sa collection d'ouvrages (Questions autochtones) chez L'Harmattan.

Merci de votre contribution

Simone Dreyfus-Gamelon, Présidente

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Instance Permanente sur les Questions autochtones
Nations Unies - New York avril 2015, photos Patrick Kulesza


ACTUALITÉS DES PUBLICATIONS
( livres, rapports)


 

AIDSDC, 2015, Les Peuls Mbororo de Centrafrique: une communauté qui souffre, 57 p

Cette étude réalisée par l'Association pour l'Intégration et le Développement Social des Peuls de Centrafrique (AIDSDC), vise à éclairer la communauté nationale centrafricaine, les communautés sous-régionale (afrique centrale, afrique) et la communauté internationale sur la situation existencielle de la communauté peul mbororo, caractérisée par l'exclusion, la marginalisation, les discriminations et la stigmatisation qui y est associée, les actes de violences qui s'exercent sur eux du fait de leur appartenance religieuse et ethnique.

La question peule illustre en effet les différentes problématiques de la crise cenrafricaine: crise identitaire (culturelle, religion..) de la nationalité, de la marginalisation sociale et surtout politique de la population (face à des élites vivant à Bangui). La communauté peule est trop souvent perçue comme une minorité dangeureuse, partie prenante du conflit actuel.

Avant propos du Président de l'AIDSPC
le rapport

BENSA Alban, GOROMODE Kacué Yvon, MUCKLE Adrian, 2015,
"Les sanglots de l’aigle pêcheur", Anachaesis, 720p.

Des centaines de Kanak se sont rebellés en 1917. Au moins trois cents d'entre eux ont été tués par les forces de l'ordre parce qu'ils refusaient de partir à la Grande Guerre. C'est leur histoire que raconte l'anthropologue Alban Bensa dans un livre qui vient de paraître ce mois-ci. Couverture des "Sanglots de l'aigle pêcheur - Nouvelle Calédonie : la guerre kanak de 1917". © DR © DR Couverture des "Sanglots de l'aigle pêcheur - Nouvelle Calédonie : la guerre kanak de 1917". + grand + petit Imprimer Envoyer C'est une histoire qui est longtemps restée sous silence. En 1917, l’armée française cherche à renouveler ses troupes décimées par la Grande Guerre. Mais le récit de ceux qui en sont revenus soulève l’opposition des Kanak forcés à la conscription. S’en suit un soulèvement réprimé dans le sang, environ 300 Kanak sont tués, sans compter les déplacements de populations et la destruction d’habitations. Alban Bensa, anthropologue, arrive en Nouvelle-Calédonie dans les années 1960 et découvre cette page oubliée de l’histoire coloniale. Il recueille alors la parole des habitants de la région de Koné, mais travaille aussi sur une archive d’un genre très particulier : un poème qui retrace sur 800 vers cet épisode douloureux de l’histoire du Caillou. Des extraits de ce poème et d’autres témoignages oraux accompagnent le livre sous forme d’un CD. L'ouvrage s'intitule "Le sanglot de l’aigle pêcheur" : c’est ainsi que les Kanak revenus de la guerre évoquaient le bruit des avions au dessus des champs de batailles.

BOBOGLIO BRUNA Giulia, 2015, Les objets messagers de la pensée inuit, L'Harmattan, 232p.

Transcription sculpturale d'une pensée chamanique par la pierre, l'os et l'ivoire, l'art inuit traditionnel est épiphanie d'un "réel magique" et matérialisation d'une cosmovision. D'une troublante beauté, les miniatures zooanthropomorphes des périodes Dorset et Thulé expriment, dans leur polysémie, une "esthétique de la fonctionnalité", ainsi qu'une vision animiste fondée sur la connaturalité entre les règnes et le métamorphisme.

CAYOL Marie, 205, Chez les Pueblos du Nouveau-Mexique. Voyages (1981- 2014), Nuage Rouge.

Une étude sur les Indiens Pueblos qui démontre la permanence et la vivacité de la vie traditionnelle, sociale et spirituelle. Au cours de leur histoire, les Indiens ont évolué en fonction de leur environnement et des événements sans jamais perdre les principes et préceptes fondateurs de leur civilisation.

CETIM, 205, Le Droit à la Terre.

La question du droit à la terre est un enjeu fondamental de notre temps, non seulement pour les paysans mais également pour toute l’humanité, à l’heure où l’on redécouvre l’importance de l’agriculture paysanne pour la sécurité alimentaire et la réalisation du droit à l’alimentation, la conservation de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. Alors que des centaines de millions de paysans sont toujours privés d’accès à la terre ou survivent sur de minuscules parcelles, d’autres sont quotidiennement chassés de leurs terres et les accaparements à grande échelle se multiplient.
Plus que jamais, la reconnaissance d’un droit à la terre pour les paysans est d’actualité ! Et cette revendication historique des mouvements paysans gagne du terrain au niveau international. La reconnaissance d’un droit à la terre est notamment discutée dans le cadre des négociations au Conseil des droits de l’homme (CoDH) concernant la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales.
Cette nouvelle publication du CETIM fait le point sur la question. Elle a pour principal objectif de soutenir les luttes des mouvements sociaux et des organisations paysannes du Sud en faveur du droit à la terre, et d’appuyer leurs démarches en faveur de la reconnaissance de ce droit à l’ONU. Elle constitue un matériel didactique de référence qui pourra être utilisé comme support pour des mobilisations, des campagnes ou des formations.
Cette publication entend également contribuer à la formation et à l’information de toutes celles et ceux engagés en faveur des droits humains ainsi que des représentants des États, des experts de l’ONU et du monde académique, et du public en général.

Vous pouvez aussi la télécharger ou la consulter librement ici.

CHABLOZ Nadège, 2015, Peaux blanches, racines noires. Le tourisme chamanique de l’iboga au Gabon, Louvain-la-neuve, Academia, 242p.

Par quels processus historiques et culturels un rite initiatique gabonais, le bwiti, réprimé pendant la colonisation, incarne désormais une forme de « chamanisme » africain sur la scène internationale, bénéficiant d’une image enchantée et salvatrice ? Le bwiti, et surtout l’iboga, la plante psychotrope dont on ingère les racines pendant le rituel, sont aujourd’hui réinvestis par des intellectuels et le gouvernement gabonais, mais aussi par un microcosme franco-gabonais d’initiateurs et d’initiés. Ces derniers les expérimentent pour découvrir les origines de l’humanité, pour guérir de traumatismes attribués à un Occident décadent. Ce tourisme chamanique concerne majoritairement des Français qui ne sont pas Afro-descendants et dont les recompositions religieuses et identitaires liées à l’initiation apparaissent à première vue comme un retournement des valeurs et des affects liés à la situation coloniale. Dans Peau noire, masques blancs, Frantz Fanon analysait en 1952 la névrose collective héritée de la colonisation ayant engendré un sentiment de supériorité des Blancs sur les Noirs et inversement, d’infériorité des Noirs envers les Blancs. Aujourd’hui, c’est la névrose de la société occidentale qui pousserait les initiés français à revêtir les attributs africains, les racines et les masques noirs, jugés supérieurs à l’Occident aux points de vue humain, spirituel et thérapeutique. Anthropologue (Institut des mondes africains, École des hautes études en sciences sociales de Paris), Nadège Chabloz travaille sur les questions du tourisme en Afrique de l’Ouest et centrale ainsi que sur les réappropriations des rites initiatiques africains. Elle est l’auteure d’articles et de films documentaires portant sur la rencontre touristique et les initiations de Français au bwiti.

CORNELLIER Bruno, 2015, La chose indienne. Cinéma et politique de la représentation au Québec et au Canada, Notabene.310p.

Cette présentation propose d’offrir un résumé fragmentaire de l’argument qui anime mon récent ouvrage sur le cinéma et les politiques de la représentation autochtone au Québec et au Canada. L’intervention critique et théorique qui anime l’ouvrage est née d’une question d’apparence banale : comment se fait-il que le Canada puisse être signifié par des totems indiens à Walt Disney World ou par un inukshuk aux Jeux olympiques de Vancouver ? La réponse : parce qu’il y a « quelque chose » d’indien à propos du Canada. Un « je ne sais quoi d’indien ». C’est-à-dire qu’afin de survivre moralement et politiquement à son histoire et à son héritage colonial, l’État né du colonialisme de peuplement a besoin, en quelque sorte mais jamais complètement, de se faire lui-même « indien ». Il lui faut ce « je ne sais quoi», cette «chose indienne» qui, nommée sans l’être complètement, signalée sans jamais être définie, désigne une indianité qui, bien qu’elle soit interpellée par la présence de l’Autochtone, n’a plus besoin de lui ou d’elle pour se manifester en tant que réalité. Armé d’un certain consensus populaire à propos du capital de vérité de son dispositif technique de reproduction du réel, le cinéma constitue historiquement l’un des lieux privilégiés pour la capture de cette « chose indienne » dans les rets de l’imagination libérale et coloniale qui alimente les velléités souveraines du Québec et du Canada. Dans la mesure où une telle capture constitue l’un des principaux exercices politiques de l’État, j’avance une conception de la décolonisation qui ne relèvera alors plus de la révélation d’une réalité « vraie » de l’Indien, cachée derrière sa représentation et ses distorsions filmiques, prête à resurgir au profit d’une « reconnaissance » par et dans l’État souverain. Plutôt, la décolonisation relèverait d’une compréhension du rapport colonial en tant que lutte multipartite entre Canadiens, Québécois et Autochtones, avec pour enjeu de s’emparer du pouvoir exclusif de désigner et représenter ce (et ceux) que cette « chose indienne » pourra (ou non) signifier et autoriser dans le voisinage colonial du souverain.

CARTACEFF Nathalie, 2015, Danses et concepts en Océanie, L'Harmattan, 298p.

La danse demeure encore l'une des productions culturelles les plus fortes dans le Pacifique. Loin d'être de simples manifestations folkloriques, les danses océaniennes ont diverses fonctions. Des exemples pris au répertoire kanak pour la Nouvelle-Calédonie, tongien et hawaïen pour la Polynésie, ont été choisis pour illustrer la complexité de ces chorégraphies. Le droit d'auteur, la protection des savoirs et l'art sont évoqués pour restituer les danses océaniennes dans un contexte en mutation.

DAVEZIES Laurent, 2015, Le Nouvel Égoïsme territorial Le grand malaise des nations, Coédition Seuil-La République des idées 112 p.

Montée du régionalisme, exigence d’autonomie, voire d’indépendance… On assiste aujourd’hui à une fragmentation des nations, dans les pays industriels comme dans les pays en développement. Les causes identitaires - anciennes - se combinent avec le fait - nouveau - que les régions riches ne veulent plus payer pour les régions pauvres. Plus largement, c’est le modèle de cohésion territoriale qui est remis en cause. Dans la mondialisation, les petites nations semblent tirer leur épingle du jeu. Pourtant, leur multiplication pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. L’exemple qu’offrent aujourd’hui l’Écosse, la Catalogne, la Flandre et d’autres régions peut avoir, par effet de contagion, des effets désastreux. Après le nationalisme européen du XIXe siècle, après le nationalisme décolonisateur du XXe siècle, le nationalisme « régional » s’affirme aujourd’hui comme un mouvement d’idées et un but pour le XXIe siècle. Dans ce petit jeu égoïste, chacun risque d’être perdant, sauf peut-être les micro-États les plus riches. Comment conjurer le poison de la méfiance et de la division ? Ce livre propose des solutions pour maintenir une certaine idée de la démocratie territoriale.

DAVID Eric, LEFÈVRE Gabrielle, 2015, Juger les multinationales. Droits humains bafoués, ressources naturelles pillées, impunité organisée. GRIP, Mardaga.


Coca-Cola, Monsanto, Shell, Nestlé, Bayer, Texaco...: certaines marques sont associées à des scandales retentissants. Hydropiraterie en Inde, pesticides aux effets dévastateurs, exploitation pétrolière transformant le delta du Niger en désert écologique, drame du Rana Plaza au Bangladesh, enfants empoisonnés par le plomb au Pérou..., la liste est longue et plus qu'inquiétante. Dans cet ouvrage, les auteurs examinent quelques-uns des crimes les plus significatifs commis par des multinationales. Des crimes qui ont fait l'objet de poursuites judiciaires ou de " procès citoyens ", que ce soit sur le plan national ou international. Ils expliquent aussi comment ces sociétés ont conquis, au cours du XXe siècle, de vastes marchés. Une montée en puissance - et en impunité - grâce notamment au soutien des États-Unis.

DELANOÉ Nelcya, ROSTKOWSKI Joëlle, 2015, La présence indienne aux États-unis, L'Harmattan, 248p.

En retraçant la politique des États-Unis envers les Amérindiens, ce livre démontre la pérennité de leur présence dans l'histoire du pays. Travail ethno historique et réflexion sur la mémoire, l'ouvrage accorde une place importante à l'affirmation identitaire et aux prises de parole indiennes, étudie les changements récents, jusqu'à la présidence d'Obama. Enfin il fait entendre les voix des autochtones qui apportent un surcroit poétique qui est le propre de la voie indienne.

DESBIEN Caroline, 2015, Puissance Nord : territoire, identité et culture de l’hydroélectricité au Québec, PU Laval, 340p.

" À une époque où la société tente de trouver un équilibre entre sécurité économique et bien-être environnemental et doit relever les divers défis posés par les injustices sociales et environnementales, il est peut-être plus important encore qu’avant de bien comprendre les implications considérables des représentations populaires du Nord. Puissance Nord peut contribuer à cette compréhension. " - Tiré de la préface de Graeme Wynn " Puissance Nord offre, fort à propos, une réinterprétation de la relation qu’entretient le Québec avec son Nord. Caroline Desbiens propose en effet une critique approfondie des récits héroïques et nationalistes qui accompagnaient les premiers projets de la Baie-James et soutient de manière convaincante l’idée selon laquelle le développement était à la fois un aspect de l’État technocratique moderne et un héritage troublant du colonialisme au Québec. Cette géographie historique opportune est directement en lien avec cet héritage ainsi qu’avec la rhétorique politique actuelle au sujet du Nord. " – Hans M. Carlson, auteur de Home is the Hunter: The James

EL ANSARI Intagrist, 2014, Echo saharien - l'inconsolable nostalgie, Langlois Cécile, 204p.

Dans le désert, la montagne, la campagne, en ville, n importe ou, il m est vital de marcher. Marcher rejoindre le désert saharien, marcher pour visiter un ami, marcher pour me rendre au travail, marcher pour les courses, marcher pour marcher, mercher, c est ainsi ! Marcher. Pourquoi ? Pour être libre et exorciser l existence de ce monde. Jeune, je marchais sans raison. Aujourd hui, marcher est indispensable. Un plaisir. Un besoin. Marcher pour « aller à l essentiel », selon Sylvain Tesson. Marcher pour mieux penser. Marcher pour revenir sur terre. Je ne manque aucune raison de marcher. A Paris, ou je laisse l enveloppe de mes pieds chez le cordonier, rue des Archives. Manque de mes pas, des heures durant, à travers les quartiers des vêtements, du design, des galeries d art, des livres. Plus d animations dans les premiers. Calme et tranquillité dans les derniers, un autre monde, rues et fenêtres qui sourient. Une librairie, un livre exposé d Ibrahim Al Koni, l écrivain, le poète Touareg : « La loi du désert stipule que rester plus de quarante jours à la même place, c est tomber en esclavage. » Liberté perdue en tombant dans la sédentarisation. La retrouver dans la voyage... Poursuivre ma marche en solitaire, avec mon âme. Ne pas faire du lot, même un instant. Emerger enfin, garder ma liberté de pensée pour le départ immédiat ! J entends l écho qui interpelle du fin fond de l espace désertique. L incantation est là, subite ! Refus impossible. Appel de celui en qui coule le sang du désert. Le Sahara envahit mon esprit. J entends déjà, intérieurement, le silence qui l habite. Je pars ! Un retour dans le désert des Touaregs pour retrouver ses racines.

ETHNIES, 2015, Émancipation kanak, 272p.

Ce numéro d'Ethnies, après avoir replanté le décor de la lutte kanak (ses conditions d'émergence, ses objectifs, les traces qu'elle a pu laisser parmi ses protagonistes), se consacre ensuite à des problématiques très contemporaines. Ecrits par des auteurs kanak et non kanak, les textes qui composent ce numéro permettent d'apprécier la part des héritages sociaux kanak tout en soulignant l'émergence de nouvelles attitudes sociales que les conditions de vie actuelles en Nouvelle-Calédonie ont rendues possibles. Au moment où se négocie une pleine souveraineté politique, il n'est pas sans intérêt de se pencher sur les volontés d'émancipation à l'échelle ordinaire des gens, celles dont témoignent de nouvelles pratiques et qui font naître des espérances jusqu'alors inédites. Tout particulièrement, ce volume témoigne d'aspirations la plupart inexprimées jusque-là et peu perceptibles avant les années 1980 mais qui font bouger les frontières des rapports sociaux de sexe et d'âge. Faut-il y voir des innovations radicales qui menaceraient l'édifice social tout entier ou bien des développements qui, comme les précédents, inscrivent résolument les Kanak dans une histoire longue? Manifestement, à l'instar de toute société, celle des Kanak se transforme, sans entamer pour autant leur sentiment de posséder leur manière propre d'être au monde. Et cela ne bride pas non plus leur souci de l'exprimer. Loin des élaborations identitaires à visée juridique et politique, il n'est qu'à se tourner vers les manifestations artistiques kanak auxquelles le présent recueil rend hommage, pour prendre connaissance des certitudes et aussi des impatiences et des espérances d'une population kanak désormais urbaine pour la moitié d'entre elle.

HOFFMANN-SCHICKEL Karen, NAVET Eric, 2015, Résistances culturelles et revendications territoriales des peuples autochtones. Actes de la journée d'étude de l'Université de Strasbourg. 388p.

Cet ouvrage collectif rassemble les communications de doctorants, jeunes chercheurs et chercheurs confirmés de diverses disciplines (anthropologie, histoire, sociologie…) présentées lors d’une journée d’étude sur le thème des « Résistances culturelles et revendications territoriales de peuples autochtones ». Cette journée d'étude s’est tenue en 2010 à la Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme d’Alsace (MISHA) à l’Université de Strasbourg. Cette confrontation de diverses approches de thèmes classiques des sciences humaines et sociales amène à se questionner sur les stratégies de résistance développées par les peuples autochtones et les si mal nommées « minorités » pour qu’elles puissent s’intégrer aux États et aux « majorités », et peut-être tout simplement pour exister tout en préservant leur mode d’’agir, dans l’espace géographique et politique d’un État avec ses lois et valeurs culturelles, sociales et religieuses dominantes. Les concepts d’intégration, d’assimilation, de conflit, de rapports de force et d’ethnocide sont ainsi au cœur de ce livre, mettant en scène diverses communautés allant de l'Arctique au Pacifique Sud, toutes confrontées de plein fouet à la colonisation, à l’évangélisation et à la mondialisation.

KAPSTEIN Mattew T. 2015, Les Tibétains, Ed.Les Belles Lettres, 515p.

Dans le passé, le Tibet vécut isolé du reste du monde pour des raisons qui tiennent essentiellement à sa situation géographique. Il s'ensuivit qu’en plus d’avoir à baigner dans une sorte de mystère, notre pays, notre peuple et notre culture pâtirent également d’être les victimes d’une profonde méconnaissance. Plus récemment, l’intérêt grandissant suscité par le Tibet s’accompagna d’une surprenante multiplication des études académiques dont il devint l’objet, avec toutefois la particularité que celles-ci étaient le plus souvent limitées à des domaines hautement spécialisés. À l’inverse, ce que Matthew Kapstein nous livre ici, au fil d’un ouvrage copieux, est le fruit d’une investigation panoramique – les Tibétains et leur civilisation – menée dans une perspective historique elle-même d’une très grande ampleur. L’expertise et la clarté qu’a su apporter l’auteur à son écrit résultent d’une longue amitié tissée avec le Pays des neiges et son peuple dont il est un observateur attentif.
Sa Sainteté le Dalaï-lama

LEFEBVRE Camille, 2015, Frontières de sable, frontières de papier. Histoires de territoires et de frontières, du jihad de Sokoto à la colonisation française du Niger, XIXe-XXe siècles. Ed La Sorbonne, 543p.

Les frontières africaines sont souvent décrites comme des cicatrices de la violence des impérialismes étrangers en Afrique. Ce lieu commun fait encore aujourd’hui partie des catégories qui fondent nos regards sur le continent. Mais ce discours, en cherchant à dénoncer l’arbitraire colonial, réduit les configurations territoriales africaines à de simples conséquences de la domination européenne et fait des populations africaines les spectateurs passifs de leur propre histoire. Aux antipodes de ce cliché, cet ouvrage propose une histoire longue de la constitution des frontières d’un État – le Niger – englobant dans un même regard un siècle d’histoire antérieure à la colonisation et soixante ans de domination coloniale. Cette approche permet de mettre au jour la place des enjeux locaux et régionaux dans cette histoire de frontières et de territoires, et de révéler qu’au sein de ceux-ci la colonisation n’est qu’un moment parmi d’autre. Cet ouvrage raconte une histoire paradoxale, celle d’une poignée de militaires coloniaux qui, au début du XXe siècle, instituent dans les plus grandes difficultés un gouvernement précaire qui s’appuie très largement sur les organisations politiques et territoriales locales, contribuant ainsi à les vider de leur sens et à amoindrir leur importance. Cette appropriation coloniale des frontières a été si forte qu’elle a fini par faire oublier aux colonisateurs, tout comme aux société concernées elles-mêmes, que leur origine était le plus souvent locale et avait été négociée avec les populations et les autorités politiques. Ces frontières furent marquées par les dynamiques historiques internes du Soudan central au XIXe siècle, et notamment les répercussions du jihad d’Ousman dan Fodio. Pourtant, l’histoire de leur tracé a contribué à construire le grand récit d’Européens maîtres du jeu imposant sans considération le partage du monde.

MAC DONALD Roderick A., 2015, Autonomie économique autochtone: dimensions multiples - Dimensions of Indigenous Economic Autonomy, 336p.

Issu des travaux de l'équipe du projet de recherche pancanadien Peuples autochtones et gouvernance (PAG), cet ouvrage collectif et multidisciplinaire rassemble les textes de chercheurs qui étaient présents au colloque « Territoire, ressources, biens, idées et autonomie économique autochtone » (Val d'Or, 2009) et aux sessions sur l'économie tenues au colloque international « Comment en finir avec le colonialisme : renouvellement épistémologique dans le domaine de la recherche autochtone » (Montréal, 2012). Les auteurs contribuant à cet ouvrage analysent les dimensions sociales et juridiques de l'autonomie économique autochtone, en prenant soin de souligner au passage les écarts entre les politiques existantes ou proposées et l'expérience autochtone telle que vécue, dans un contexte de nouvelle économie et à une époque où le colonialisme n'est pas si révolu.

 

MALAURIE Jean , 2015, Lettre à un Inuit de 2012, Fayard, 168p.

« Voici bientôt soixante ans que je parcours l’Arctique, du Groenland à la Sibérie, ses immenses déserts glacés habités par des sociétés ancestrales au destin héroïque. Adressée aux citoyens du grand Nord, cette lettre est un cri d’alarme : Résistez mes amis ! En n’acceptant l’exploitation des richesses pétrolières et minières de l’Arctique qu’avec votre sagesse. L’Occident est mauvais et nous avons besoin de vous. Le matérialisme nous conduit à notre perte. Puisse le citoyen inuit de 2022 voir le rêve des explorateurs se réaliser : un pôle non pollué où règnera un humanisme écologique. Il est urgent de reconnaître la prescience des peuples premiers et de prendre enfin humblement conscience que leur volonté obstinée de respecter cette nature ne fait pas d’eux des retardataires, mais des précurseurs. Telle est la force de leur pensée sauvage. »

 

MUSILIKARE Jérémie, 2015, La vie des pygmées batwa au Ruanda, L'Harmattan, 294p.

Cet ouvrage met en lumière les dures conditions de vie des pygmées Batwa au Rwanda, minorité de 36 000 âmes. Marginalisés au niveau social, paupérisés au niveau économique, discriminés aux niveaux politique, administratif et judiciaire, et même rejetés par les ecclésiastiques, il est de plus en plus dur pour eux de vivre selon leur culture et leurs coutumes. L'auteur tire la sonnette d'alarme concernant leur situation pour que, plus tard, personne ne dise qu'il n'a pas su.

 

OLIVIERI-GODET Rita, 2015, L’altérité amérindienne dans la fiction contemporaine des Amériques: Brésil, Argentine, Québec, P U Laval, 248p.

La figuration de l’altérité amérindienne constitue l’axe thématique choisi pour explorer les relations littéraires interaméricaines à partir d’un corpus constitué de romans contemporains brésiliens, québécois et argentins, publiés depuis 1980. L’examen des modalités de construction de la figure fictionnelle de l’Amérindien s’ouvre au dialogue avec les discours sociaux produits au sein de nos sociétés contemporaines, tout en cherchant à éclairer les lignes de force thématiques et formelles que les auteurs explorent pour mettre en scène la contemporanéité des contacts entre des systèmes culturels distincts – ceux des communautés amérindiennes et des sociétés nationales des Amériques. Les textes romanesques étudiés proposent une relecture de l’histoire de cette rencontre, récupèrent la dimension mémorielle de l’inscription du territoire du continent américain dans la longue durée, dévoilent une vision du monde qui participe de notre temps présent et avec laquelle nous éprouvons un besoin urgent d’apprendre à dialoguer. Ce faisant, ils contribuent à élargir le potentiel imaginaire de la sensibilité contemporaine

 

PERSON Yves, 2015, Relire Yves Person. L’Etat-nation face à la libération des peuples africains Textes réunis par Charles Becker, Roland Colin, Liliane Daronian et Claude-Hélène Perrot, Paris, IMAF - Présence Africaine, 463 p.

Yves Person, né en 1925, historien, professeur à l’Université Paris I, Panthéon–Sorbonne, est décédé brutalement en 1982, laissant une oeuvre de première importance. Artisan résolu d’une « histoire africaine de l’Afrique », selon l’expression de Georges Balandier, il s’y est engagé en donnant la parole aux acteurs de l’histoire, dans leur contexte social et leur culture. Il rompait ainsi avec l’historiographie coloniale, marquée par l’idéologie de l’État-nation coupé des peuples. Son oeuvre majeure, Samori, une révolution dyula, (1968, 1970, 1975), en a été l’expression internationalement reconnue. De nombreux écrits, articles de revues, actes de colloques, dont l’accès est souvent malaisé, ont éclairé bien au‐delà son apport scientifique et ses engagements militants. À la suite d’un colloque international consacré à son oeuvre, tenu à Paris en juin 2013, Présence Africaine, invitant à « Relire Yves Person », présente une sélection de textes importants rassemblés par un groupe éditorial scientifique, qui rejoint au plus vif les problèmes du présent, à l’heure où se cherchent de nouveaux équilibres entre les identités sociales et culturelles et la solidarité mondiale.

RAQ : Mexique, Canada, Québec

Sommaire

LI Shenwen, LAUGRAND Frédéric, PENG Nansheng, 2015, Rencontres et médiations entre la Chine, l’Occident et les Amériques: missionnaires, chamanes et intermédiaires culturels, P.U.Laval, 464p.

À une époque où la Chine devient un acteur incontournable dans l’économie et les relations internationales, l'objectif principal de ce livre est de mieux comprendre les relations triangulaires entre les cosmologies chinoises (où dominent les valeurs confucéennes et la pensée analogique), les cosmologies occidentales (judéo-chrétiennes ou naturalistes depuis la Modernité) et les cosmologies analogiques et animiques des peuples autochtones des Amériques et de Sibérie. Les études rassemblées ici permettent d’examiner les points d'accrochage, comme les obstacles culturels qui marquent ces relations au cours de plusieurs siècles. Plus d’une vingtaine de chercheurs canadiens, chinois et européens issus de plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales (histoire, anthropologie, philosophie, etc.), proposent diverses études de cas qui se structurent autour de deux grands axes : un axe anthropologique qui aborde l’univers chamanique des deux côtés du Pacifique, véritable soubassement et lieu de jonction entre la Chine ancienne et le monde autochtone, ainsi qu’un axe historique qui traite du rôle complexe de différents médiateurs culturels, comme ces nombreux missionnaires occidentaux qui, depuis le xvie siècle, ont joué un rôle déterminant dans ces rencontres de l’Orient avec l’Occident.

ST-AMAND Isabelle, 2015, La crise d’Oka en récits: territoire, cinéma et littérature, P.U.Laval, 296p.

La crise d'Oka marque un véritable moment de rupture dans les relations entre les premiers peuples et les colonies de peuplement. Dans les suites immédiates de l’échec de l’accord du lac Meech, ce long siège armé de 78 jours rend visible une présence autochtone que les sociétés québécoise et canadienne avaient imaginée évanouie. À l’inverse, l’opposition à l’empiétement mis en œuvre à Kanehsatàke et à Kahnawàke réactive une longue histolre de résistance au projet colonial d'appropriation des terres et d'effacement des peuples autochtones. Ce livre envisage la crise d'Oka, ou la résistance à Kanehsatàke, comme un espace de focalisatlon où se donne à voir la relation globale entre les peuples. Qu'est-ce que l'événement fait surgir, transforme et crée, dans la scénographie du siège, mais aussi dans les films documentaires et les récits littéraires, autochtones et allochtones? À l'heure où une nouvelle génération revient sur cette crise politique aux enjeux non résolus, ce livre ouvre un espace où entrent en relation et s'affrontent différents intérêts, connaissances et expressions relatifs à ce conflit territorial. Il engage une réflexion épistémologique essentielle à un processus de décolonisation aussi impératif qu'exigeant.

SAUL John, 2015, Le Grand retour, le reveil autochtone, Ed Boréal, 336p.

Fidèle à lui-même, John Saul nous raconte l’histoire du Canada de manière que nous puissions mieux comprendre le présent – et mieux préparer l'avenir. Il y a toujours une bonne part d’inconfort dans les
« moments historiques », nous prévient John Saul en nous exhortant à embrasser et à soutenir la résurgence des peuples autochtones sur la scène politique. Il s’agit, à ses yeux, de la question la plus cruciale de notre époque, la pièce majeure qui manque encore dans la construction du Canada. Les événements qui se sont succédé depuis la crise d’Oka jusqu’au mouvement Idle No More ne constituaient pas de simples nuages passagers venant assombrir les relations entre les autochtones et les autres Canadiens. Et ce qui se passe aujourd’hui dans nos communautés ne se résume pas à une question de culpabilité, de pardon, de bons ou de mauvais sentiments. Il s’agit avant tout d’une question de droits, de citoyenneté. L’heure est venue de reconstruire des liens qui étaient à l’origine même du Canada et qui seront tout aussi essentiels à la survie du pays. En replaçant les Indiens au centre de notre histoire, nous arriverons à imaginer de nouvelles façons de nous percevoir et articulerons de nouveaux récits, plus convaincants, pour raconter notre aventure collective. Fruit d’une vaste recherche, Le Grand Retour présente un étonnant portrait de la réalité autochtone, bien loin du pessimisme et du misérabilisme habituellement véhiculés par les médias et le discours politique. John Saul illustre sa réflexion en nous proposant un florilège de lettres et de textes qui nous font entendre la parole autochtone, à travers les siècles, dans toute sa richesse.

SAWADA Jean -Pierre, 2015, Des braves et des guerriers. Les Amérindiens du Québec et la guerre de 1812, P.U.Laval, 258p.

Chaque fois que l’existence même de l’Empire britannique d’Amérique a été menacée par un conflit militaire, les Amérindiens du Québec ont défendu avec beaucoup d’agressivité les intérêts de la Couronne d’Angleterre et leur appui indispensable s’est avéré parfois décisif. La guerre de 1812 entre les États-Unis et la Grande- Bretagne est le dernier conflit nord-américain d’envergure auquel ils participent à titre d’alliés de la Couronne britannique. Avec Des braves et des guerriers, Jean-Pierre Sawaya livre une histoire complète de ce conflit au terme d’une rigoureuse enquête dans les archives conservées au Canada et aux États-Unis. Dans cet ouvrage, unique par son contenu détaillé et sa teneur inédite dans l’historiographie québécoise, il présente de multiples trouvailles surprenantes, des figures amérindiennes hors de l’ordinaire et le rôle méconnu et pourtant crucial de la participation des Autochtones du Québec à la guerre de 1812, acteurs oubliés d’une guerre oubliée au Québec.

TEMLALI Yassine, 2015, La Genèse de la Kabylie, aux origines de l'affirmation berbère, Barzakh, 309p.

Comment s’est construite l’affirmation berbère en Algérie et plus particulièrement dans le cas de la Kabylie ? Yassine Temlali, à rebours des clichés et des poncifs sur les problématiques régionalistes, entreprend de définir un cadre d’analyse rigoureux à partir de questionnements essentiels : Quelle était la situation réelle des communautés berbères à la veille de la conquête coloniale ? l’occupation française a-t-elle pu être un agent d’intégration des régions berbérophones à une nouvelle entité, l’Algérie ? la révolte de 1871 a-t-elle vraiment été une révolte kabyle ? Y a-t-il eu une « politique kabyle » de la France ? Y a-t-il eu au sein du FLN une guerre entre « Arabes » et « Kabyles » ? Comme l’écrit l’auteur « cette recherche tente de s’écarter des sentiers battus de l’essentialisation des identités culturelles, par définition flottantes et éphémères. Son objectif est de restituer le cadre historique dans lequel, entre 1830 et 1962, est née une conscience culturelle et politique berbère (kabyle), de façon concomitante avec la naissance de ces entités modernes que sont la nation algérienne, la Kabylie… » Un livre passionnant et salutaire qui entend dépasser la guerre des « récits identitaires » en Algérie.

TRAVERT Yvan, TRAVERT-LAVELLE Ivana, 2015, Naga, portrait hors frontières.Ed Magellan, 80p.

Quelque part entre ciel et terre, à la frontière entre Inde et Myanmar, le « Pays des Collines » semble n’avoir jamais existé. Longtemps interdit au tourisme, il évoque tout juste pour quelques privilégiés l’insaisissable peuple des Naga, coupeurs de têtes christianisés par des missionnaires américains du XIXe siècle. Le Nagaland est pourtant l’un des vingt-neuf États de l’Union indienne, mais ses deux millions d’habitants, sans communauté ethnique, linguistique ou culturelle avec ses puissants voisins, se laissent facilement oublier. Ce pays est un artifice, une invention, un mythe, une réalité hors limite, tardivement identifié et intégré par la Pax Britannica, puis par la Pax India, qui pouvaient difficilement laisser sans contrôle les périphéries de leur empire. Le Nagaland regroupe des groupes ethniques hétérogènes, qui n’ont guère en commun que leur passé de petit agriculteur-chasseur-cueilleur-guerrier, d’être de type physique « mongoloïde », et d’appartenir à la famille linguistique tibéto-birmane.

TRAVESI Céline, PONSONNET Maïa, 2015, Les conceptions de la propriété foncière à l'épreuve des revendications autochtones: Possession, propriété et leurs avatars. Pacific-credo Publications, 306p.

La question des revendications foncières autochtones représente une problématique majeure de la recherche en anthropologie. Comment les systèmes fonciers autochtones sont-ils compris, et éventuellement traduits dans les termes des Etats dominants ? Comment ces traductions sont-elles concrètement prises en charge – au niveau légal, ou bien au niveau symbolique ? Toutes ces questions, lourdes de conséquences juridiques et pratiques, cristallisent les difficultés qui surviennent dans la confrontation, conceptuelle ou concrète, entre des pratiques et des systèmes de pensée profondément différents. Cet ouvrage répond à ces questions à travers douze contributions (études de cas et essais théoriques) de chercheurs issus de différentes branches des sciences sociales – anthropologues, politologues et géographes. Ces contributions abordent notamment la question du métissage, de la cohabitation et de la reconnaissance juridique, mais aussi celle des conflits sociopolitiques et économiques liés au foncier.

VANTHUYNE Karine, 2015, La présence d'un passé de violences, Hermann Ed , 364p.

Le 10 mai 2013, devant la salle comble d’un tribunal de Guatemala Ciudad, la juge Jazmín Barrios reconnaissait l’ancien général José Efraín Ríos Montt coupable de crime de génocide et de crimes contre l’humanité. Ce livre met en lumière les limites de tels projets dits de « justice transitionnelle » à partir d’une « double ethnographie », soit une longue enquête de terrain qui fut menée à la fois au sein des associations qui ont initié la poursuite contre Montt, et auprès de survivants du conflit armé guatémaltèque (1960-1996) qui ont participé à celle-ci. Grâce à une analyse fine des tensions qui se jouent entre l’imaginaire politique de défenseurs des droits humains, et celui de paysans mayas n’ayant jamais connu, et ne connaissant toujours pas, d’État de droit, il identifie les obstacles à la démocratisation de sociétés qui non seulement émergent de guerres, mais aussi d’histoires longues de marginalisation économique et de domination politique.

VARESE Stéphano, 2015, Résistance et utopie dans l'Amazonie péruvienne, L'Harmattan, 274p.

Ce classique, publié au Pérou en 1968, apparaît enfin en français et se lit aujourd'hui comme s'il avait été écrit hier. Non seulement, il a inauguré les études amazoniennes au Pérou et dans le reste de l'Amérique latine, mais il a aussi présenté l'extraordinaire histoire de la rébellion du peuple Campa Ashánika contre l'oppression coloniale.

VERMEREN Pierre, 2015, Le choc des décolonisations. De la guerre d'Algérie aux Printemps arabes, Odile Jacob, 332p.

Le temps semble loin où notre pays était un empire. Les territoires autrefois colonisés ont été rendus à eux-mêmes et sont désormais maîtres de leur histoire. C’est contre cette vision simpliste et historiquement fausse que s’insurge Pierre Vermeren : les révolutions arabes de 2011 et 2012 sont la conséquence directe, le dernier chapitre de l’histoire de la décolonisation. De guerre lasse, dans un mélange de bonne conscience et de culpabilité, l’État et les élites de France ont laissé leurs successeurs à la tête du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie et des pays d’Afrique agir en toute impunité. Le silence et l’aveuglement de la France, mais aussi de l’Europe tout entière, ont permis dans ces anciennes colonies l’accaparement des richesses, la confiscation des libertés et la soumission des peuples. Pierre Vermeren apporte aux événements les plus récents, qu’il s’agisse des explosions de colère au Maghreb comme de la lutte contre le djihadisme, l’éclairage irremplaçable de l’histoire. Pierre Vermeren est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-I-Panthéon- Sorbonne, spécialiste des mondes arabes et africains du Nord et de la décolonisation.

WALTER Emmanuelle, 2015, Soeurs volées, enquête sur un féminicide au Canada, Lux Ed.224p.

« La vulnérabilité appelle la vulnérabilité. La mort est en embuscade. L’aide sociale inadéquate et l’apathie médiatique renforcent cette hyperfragilité. Les femmes autochtones sont surreprésentées dans cette cohorte livide et silencieuse. Fétus de paille, brindilles, flocons de neige, éphémères, invisibles. » Depuis 1980, près de 1 200 Amérindiennes canadiennes ont été assassinées ou ont disparu dans une indifférence quasi totale. Proportionnellement, ce chiffre officiel et scandaleux équivaut à 55 000 femmes françaises ou 7 000 Québécoises. Dans ce récit bouleversant écrit au terme d’une longue enquête, Emmanuelle Walter donne chair aux statistiques et raconte l’histoire de deux adolescentes, Maisy Odjick et Shannon Alexander. Originaires de l’ouest du Québec, elles sont portées disparues depuis septembre 2008. De témoignages en portraits, de coupures de presse en documents officiels, la journaliste découvre effarée ces vies fauchées. Sœurs volées apporte la preuve que le Canada est bel et bien le théâtre d’un féminicide. Avec des textes de Widia Larivière, Laurie Odjick, Connie Greyeyes et Helen Knott. Emmanuelle Walter est journaliste indépendante. Elle a travaillé pour Libération, Arrêt sur images, Le Nouvel Observateur, ARTE Radio et Terra eco. Elle vit à Montréal depuis plusieurs années.

 


FILMOGRAPHIE

Bouton de nacre, Patricio Guzman, 2015, 1h22'

Le bouton de nacre est une histoire sur l’eau, le Cosmos et nous. Elle part de deux mystérieux boutons découverts au fond de l’Océan Pacifique, près des côtes chiliennes aux paysages surnaturels de volcans, de montagnes et de glaciers. A travers leur histoire, nous entendons la parole des indigènes de Patagonie, celle des premiers navigateurs anglais et celle des prisonniers politiques. Certains disent que l’eau a une mémoire. Ce film montre qu’elle a aussi une voix.

El abrazo de la serpiente, Ciro Guerra, 2015, 2h05

Karamakate, chaman amazonien, le dernier survivant de son peuple, vit isolé dans les profondeurs de la jungle. Il est devenu un chullachaqui, la coquille vide d’un homme, privée d’émotions et de souvenirs. Sa vie bascule lorsqu’Evan, un ethnobotaniste américain, débarque dans sa tanière à la recherche de la yakruna, une mystérieuse plante hallucinogène capable d’apprendre à rêver. Karamakate se joint à sa quête et ils entreprennent un voyage au cœur de la jungle.

Ixcanul, Jayro Bustamante, 2015, 1h40'

María est promise à Ignacio, le contremaître de la plantation de café. Pour la famille, c’est l’assurance d’un logement et d’un travail pour le père. Mais pour la jeune fille, tout juste sortie de l’adolescence, cela signifierait la fin d’un rêve: celui d’aller voir au-delà du volcan. Le jeune réalisateur Jayro Bustamante est revenu sur sa terre natale filmer une histoire profondément enracinée dans les traditions mayas tout en étant radicalement d’actualité. María est belle, elle le sait. A 17 ans, elle voudrait aussi pouvoir embrasser le monde, celui qui se trouve derrière le volcan. Pepe, un jeune ouvrier qui ne pense qu’à partir aux Etats-Unis où se trouvent argent, voitures et maisons. En séduisant Pepe, María espère donc pouvoir partir avec lui vers le Nord. Mais le jeune homme partira sans elle et María, enceinte, n’aura plus que ses parents vers qui se tourner. Et ceux-ci, malgré cette tocade qui risque de les mettre tous sur la paille, vont montrer une solidarité sans faille. Mais la leçon pour María sera terrible.Les premiers plans nous montrent en détail les traditions mayas qui perdurent dans cette région du Guatemala, d’où Jayro Bustamante est lui-même originaire. On aurait tort pour-tant de confiner cette œuvre à son côté ethnologique, déjà passionnant, car il en déborde très vite pour mettre en scène les rapports de classe existant dans le Guatemala rural. Ce seront eux qui seront le moteur de la deuxième partie du récit. Traitement de l’image et montage s’allient pour exprimer la dureté implacable des relations entre les Mayas et les métis ou les blancs – passant de plans le plus souvent fixes, presque tranquilles, à des images de plus en plus mouvementées, caméra presque collée aux protagonistes. On réalise alors la misère dans laquelle sont maintenus les Indiens: logement et travail dépendant du bon vouloir du maître – et du contremaître, pas de scolarité pour les enfants, entraînant l’impossibilité de se faire comprendre, donc de se défendre, car ne parlant pas l’espagnol, langue de l’admini-stration. Et celle-ci, face à la mère de María, ne se souciant pas de la comprendre quand elle essaie de s’expliquer. Ils ne l’écoutent pas et voilà le drame des familles comme celle de María. Pour le pouvoir, elles n’existent pas. Le grand mérite de Ixcanul: elles vivent devant nous grâce à lui. Martial Knaebel

Les chansons que mes frêres m'ont apprisent, Chloe Zhao; 2015, 1h34'.

À Pine Ridge, une réserve indienne du Dakota du Sud, Johnny (John Reddy) fraichement diplômé peut enfin envisager de quitter les siens pour suivre sa petite amie en Californie. Mais le décès brutal de son père, un des patriarches de la réserve, contrecarre ses plans. Johnny ne peut se résoudre à abandonner Jashaun, sa jeune sœur de treize ans (la bouleversante Jashaun St.John) au triste destin qui l’attend à Pine Ridge. Si le dilemme psychologique auquel le héros doit se confronter semble être la colonne vertébrale scénaristique du film, se dessinent rapidement les véritables intentions de la réalisatrice : documenter le quotidien des habitants condamnés à une vie désespérante entre violence et déchéance. Par l’entremise de Jashaun, Zhao observe en effet le lent processus de désagrégation de l’innocence. Rongée par l’inactivité chronique qui règne dans la réserve (aucune économie n’existe véritablement, les Indiens vivant d’une forme de charité prodiguée par l’État), la communauté indienne concentre son attention sur la consommation de l’alcool et son approvisionnement (toute substance alcoolisées étant prohibée au sein de Pine Ridge), petit trafic dont Johnny est un adepte. Dans cette ville morte qui perpétue la culture tribale faute de mieux, le temps apparaît comme suspendu, entre un passé tabou, un avenir inexistant et un présent sans but. Le motif de la fuite, celle littérale du héros, mise à mal, et celle plus symbolique des êtres ayant choisi l’évasion éthylique, irrigue le long métrage. Filmant les étendues sauvages qui encerclent les personnages à la fois comme un sublime paysage et une formidable prison à ciel ouvert, la réalisatrice parvient à signifier le terrifiant paradoxe des Indiens. Expropriés de leurs propres terres, exilés chez eux, persona non grata infantilisé et dépendant, les Natifs ne sont plus que l’ombre de leurs ancêtres, preuves vivantes de l’outrage qu’ils ont subi, victimes expiatoires en cours de destruction. Dans cette galerie de portraits où les hommes ont des dizaines d’enfants livrés à eux-mêmes, louvoyant entre délinquance et passivité, où les femmes n’ont d’autre prérogative que d’enfanter, le destin de Jashaun, à mi-chemin de sa culture dans laquelle elle s’immerge et de l’autre monde qu’elle craint, résonne d’un écho poignant. Pierre angulaire autour de laquelle les convictions de son frère vacillent, elle irradie son quotidien d’un espoir contagieux, permettant aux Chansons que mes frères m’ont apprises de maintenir le fragile équilibre qui en fait un beau film triste.

Peuples autochtones, notre combat, Paul Redman, Christophe Gascard, Hugo Metz, 2015, 52'

Les peuples autochtones sont les héros de la lutte contre la déforestation et le dérèglement climatique. Des Philippines au Brésil en passant par le Costa Rica, ils tiennent la ligne de front d’un combat que le monde ne peut pas perdre : celui de la préservation des écosystèmes forestiers, les fameux “poumon verts” de la planète. Ce film qui a nécessité plus de deux ans de travail détaille les menaces auxquelles ces peuples doivent faire face, souvent au péril de leur vie : monoculture de palmiers à huile en Indonésie, commerce illégal du bois au Pérou… et présente les solutions que ces peuples proposent au monde pour reconnecter l’Homme à celle qu’ils appellent Mèr Nature. Leur expérience ancestrale de coexistence avec la nature a une valeur inestimable pour l’humanité et son avenir : elle nous permet de comprendre ce que nous devons faire pour sauver notre planète. Leur combat est le nôtre. Avec le décryptage de Victoria Tauli-Corpuz, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits des peuples autochtones, Yeb Sano, activiste environnemental et Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète.

Thule Tuvalu, Matthias Von Gunten, 2014, 96'

Deux lieux situés aux antipodes : Thulé, au Groenland, fait face à l’inéluctable fonte des calottes glaciaires et Tuvalu, minuscule île-Etat polynésienne, est confrontée à l’élévation du niveau de la mer qui en résulte. Les habitants de ces deux coins reculés du monde sont forcés de repenser leur mode de vie traditionnel. Un montage parallèle calibré met en relief leur destin commun.  



LETTRES ELECTRONIQUES ENVOYÉES
DURANT LE 2eme SEMESTRE 2015

Campagnes

Cambodge : Accaparement brutal des terres autochtones

Australie : Oraison funèbre de Gough Whitlam par Noel Pearson

Équateur : Quetchua vs Chevron. Décision Cour Suprême Canada

Bengladesh : Pétition sur la situation des Jummah, adressée à la Première ministre

Chili : Débat Identité et luttes mapuche. Festival de films de Douarnenez 2015

Brésil: la situation desastreuse des Guarani-Kaïowa

Brésil: 10 mensonges sur les Indiens

Népal: Nouvelle Constitution, nouveau découpage territorial
(interview de Gérard Toffin)

Afrique centrale: 3 bonnes nouvelles

Afrique de l'est : Mission d'information du GITPA sur les Maasaï

Niger: le geerewol et le devenir des Peuls wodaabe :
(interview de Sandrine Loncke)

Colombie: Soutien au film: L'étreinte du serpent.

Publications
Rapport annuel: le Monde autochtone en 2014

Évènements
Conférence Climat: participation des organisations autochtones


 

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