RESTITUTION DE RESTES HUMAINS

CONSERVÉS DANS LES MUSÉES




Depuis une dizaine d’années, les musées d’Europe, d’Amérique, d’Australie sont confrontés aux demandes insistantes de biens culturels revendiqués par des collectivités autochtones, pour une grande partie constitués par des restes humains : ossements, squelettes, crânes, têtes momifiées, objets comportant des tissus humains. Conservés au sein des collections pour leur intérêt anthropologique, archéologique, artistique et culturel, ils l’étaient sans considération pour les conditions souvent illicites – pillage, massacre, butin de guerre, profanation de sépulture- dans lesquelles ils avaient été collectés. Sans considération non plus pour ces dépouilles mortelles privées de cérémonies mortuaires leur permettant d’accéder au statut d’ancêtre ou d’esprit aux yeux de leurs descendants.

Les demandes de restitution par les peuples autochtones des Etats-Unis, Australie, Canada Nouvelle Zélande ont débuté dès les années 70 avec le mouvement de revendication des droits des peuples autochtones, et ont été confortées par la résolution de l’ONU de septembre 2007 sur les droits des peuples autochtones, qui reconnaît le droit au rapatriement des restes humains.

La présence de ces restes humains au sein des musées, leur statut juridique, mode de conservation et d’exposition, leur restitution, ont fait l’objet de débats juridiques internationaux et nationaux, et nombre de discussions et colloques au sein des institutions muséales. Certains Etats se sont dotés de lois spécifiques pour réglementer et organiser la restitution comme droit fondamental, d’autres l’ont intégrée dans la protection des biens du patrimoine culturel.

C’est dans les musées des Etats-Unis et d’Australie que les restitutions de restes humains auprès des communautés indiennes et aborigènes sont les plus nombreuses. Le gouvernement de Nouvelle Zélande a chargé le musée Te Tapa Tongarewa de conduire ces dernières années un important programme de rapatriement d’environ cinq cent têtes maories momifiées, dont les 17 têtes conservées dans des musées et institutions culturelles françaises et tout récemment rendues ; en l’absence d’un cadre juridique autorisant les restitutions, elles ont dû faire l’objet en janvier 2012 d’une loi spécifique ordonnant leur déclassement des collections patrimoniales françaises.

Texte et documents préparés pour le GITPA
par Véronique Hahn de Bykhovetz mars 2012