ASIE DU SUD-EST

CAMBODGE




Le Cambodge couvre un territoire d’environ 181.035 km2 et partage ses frontières avec la Thaïlande, le Laos et le Viêtnam. Sa population est comprise entre 11 millions et 14,8 habitants. Elle est assez homogène, à peu près 90% de sa population étant khmère. Le restant est composé de Vietnamiens, Cham, Thaï, Chinois et de peuples autochtones. Les peuples autochtones, considérées globalement comme les habitants des hauts plateaux, représentent environ 1% de la population totale. Le Cambodge est considéré par les Nations Unies comme l’un des pays les plus pauvres du monde, avec environ 35% de sa population au dessous du seuil de pauvreté. La longue période de guerre et d’instabilité politique qui a suivi l’accès à l’indépendance et la fin de la domination coloniale française a considérablement entravé le redressement et le développement économiques dans le respect des droits de l’homme. Au Cambodge, le pouvoir judiciaire est faible, placé sous le contrôle des politiciens, et la violence politique, l’intimidation des médias, les violations des droits de l’homme y sont fréquentes.

Sur la base de l'appartenance linguistique, le recensement de 1998 a identifié 17 groupes autochtones différents soit environ 101.000 personnes ou 0,9% des 11 millions 400.000 cambodgiens. Des recherches empiriques, toutefois, suggèrent que ce chiffre est sous estimé et que les autochtones pourraient être au moins 190.000, c'est-à-dire 1,4% de la population totale.

La Constitution de 1993 garantit les mêmes droits à tous les Cambodgiens quelles que soient leur race, leur couleur, leur langue ou leurs croyances religieuses. La législation reconnaît peu de droits particuliers aux autochtones.

Néanmoins, la promulgation de la Loi sur la terre en 2001 a ouvert une période sans précédent de reconnaissance explicite des droits territoriaux collectifs pour les autochtones. La Loi sur les forêts de 2002 fait également une référence explicite aux droits des communautés autochtones quoiqu'elle leur retire le contrôle de la majorité des forêts en les re-classifiant comme "terres publiques de l'état".

Le Cambodge est signataire de nombreux textes internationaux qui protègent les droits des peuples autochtones. Il est partie prenante de la Convention sur la diversité biologique (1992)  qui reconnaît le rôle des peuples autochtones dans la protection de la biodiversité. Le gouvernement cambodgien a aussi voté en faveur de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Les termes désignant les peuples autochtones

En Khmer, le terme le plus approprié pour « peuples autochtones » est chuncheat daoem pheak tech, qui signifie littéralement « minorité d’origine ethnique ». Il est utilisé par le gouvernement. On ne sait pas très bien si cela veut dire « population autochtone » ou « peuples autochtones ». Le mot chuncheat, bien que fréquemment utilisé, ne figure pas dans les dictionnaires khmers standards. Le terme chuncheat daoem pheak tech semble avoir été créé récemment, avec l’élaboration de la loi foncière de 2001. Il est généralement admis que ce terme renvoie à tous les peuples autochtones du Cambodge, et ne s’applique pas aux Khmers, Chams, Chinois, Laotiens, Thaïs ou Kinh (Vietnamiens), bien que certaines de ces populations puissent contester le fait de ne pas être considérées comme autochtones dans le futur.

Les autres termes utilisés en Khmer sont :
- Khmer loe, signifiant « Khmers des montagnes »
- Kol sampoan phnum, signifiant « tribus des collines »
- Chun antao kream, signifiant « populations à l‘intérieur du pays »
- Neak eysan means, signifiant « les populations du nord-est ».

Deux termes couramment utilisés sont considérés comme offensants par les populations autochtones :
- « Chuncheat », signifiant « ethnicité » ou littéralement « peuple national »
- « Phnong », ou plus correctement « Bunong », qui est le nom d’un groupe ethnique vivant principalement dans la province Mondulkiri. Cependant, les Khmers l’utilisent d’une manière impropre et péjorative pour désigner tous les peuples autochtones.
« Samre » a la même signification.

Pour nommer les peuples autochtones Kreung, Tumpuon, Brao, Lun, et Kavet, on utilise le terme son sat, qui signifie grossièrement personne autochtone vivant sur un territoire spécifique, de sang, de culture et de traditions semblables à d’autres autochtones.

On fait la distinction entre chuncheat deum pheak tech utilisé pour les peuples autochtones (deum signifie « originel »), et chuncheat pheak tech, qui désigne d’autres groupes minoritaires comme les Chams, Vietnamiens, Chinois et Khmers Krom (Khmers du delta du Mékong du Vietnam voisin).

Dans la loi foncière, on utilise le premier terme, c’est à dire que l’on distingue les peuples autochtones des minorités ethniques, alors que dans « la Politique nationale de développement des Minorités » le terme khmer loe a été remplacé par chuncheat pheak tech.

Les Kreung, Tumpuon, Brao, Lun et Kaver de la province de Ratanakiri utilisent tous le terme de son sat dans leurs propres langues pour designer les peuples autochtones. Son sat provient de la langue lao et signifie la même chose que chuncheat en khmer.

Source ERNI Christian, 2008, The Concept of Indigenous Peoples in Asia. A ressource Book, Document IWGIA N°123. 456p. Traduction pour le GITPA
par Véronique Hahn de Bykhovetz