Les vagues de suicides
dans les communautés amérindiennes

Tout le monde s’accorde en Guyane à dire que le phénomène des suicides a pris une ampleur alarmante durant ces dix dernières années. Sans dispositif d’enregistrement des tentatives de suicides et des suicides permettant des restitutions à l’échelle des communes ou des communautés, aucun chiffre officiel n’est disponible. Cependant, la presse locale guyanaise fait état de plusieurs dizaines de suicides chez les amérindiens du haut oyapock et du haut maroni durant les 10 dernières années.

Pour des communautés ne comportant pas plus de 2000 personnes au début des années 2000 et 3500 personnes en 2010, Ce chiffre correspondrait à une fréquence 10 à 20 fois supérieure à celle de la France métropolitaine.

Un des faits marquants est l’âge des personnes concernées : sur les 12 suicides récences à Camopi en 10 ans, les trois quart concernent des moins de 30 ans, les plus jeunes victimes ayant 9, 12 et13 ans.

En début d’année 2011, face à une nouvelle « épidémie » de suicides (5 suicides d’amérindiens dans le sud de la Guyane entre le 1er janvier et le 20 mars 2011) et à une prise de conscience générale de la gravité du problème une cellule de crise a été mise en place par la Préfecture.

Dans la presse


malaise des populations amérindiennes par Chantal Berthelot

Vidéo: À l'Assemblée Nationale

Les raisons de ces suicides n’ont pas fait l’objet d’études spécifiques mais des pistes de réflexions se dégagent. Les passages à l’acte sont, dans la majorité des cas, liés à des consommations d’alcool excessives et pour des motifs qui peuvent souvent paraître dérisoires (différents familiaux, déception sentimentale…)

Cependant, il s’agit probablement d’une manifestation d’un mal - être profond qui règne dans les communautés amérindiennes, en particuliers celles du sud de la Guyane :

  • pertes de repères liées à la modification rapide des modes de vie ;
  • destruction des communautés et des cellules familiales ;
  • inactivités en particulier chez les jeunes ;
  • perte de l’estime de soi et de sa culture ;
  • échecs scolaires ;
  • absence de perspectives d’avenir ;
  • isolement et absence d’activités sur le territoire…..

Face à cette situation le Préfet a annoncé le 21 janvier 10 mesures urgentes:

  • L’installation d’une cellule d’appui psychologique à CAMOPI pendant 3 mois ;
  • L’organisation d’une campagne de prévention sur les dangers de l’alcool et les drogues ;
  • Le recrutement des 6 jeunes amérindiens en Service civique pour effectuer des actions de médiation à CAMOPI.
  • Mise en place d’un « comité de réflexion sur les causes profondes du malaise des amérindiens et sur l’éventuelles modifications de leurs territoires »
  • Le renforcement de la composition et l’élargissement du groupe de travail sur l’alcoolisation et l’usage des drogues des populations amérindiennes ; -
  • L’adaptation de l’école à la culture des amérindiens : renforcement des intervenants en langues amérindiennes, aménagement des rythmes scolaires pour laisser du temps à l’apprentissage des savoirs faire traditionnels ;
  • Le désenclavement numérique à CAMOPI.
  • L’installation d’un point d’information jeunesse à CAMOPI
  • Asseoir la légitimité des autorités coutumières comme partenaires de dialogues avec les autorités républicaines.

 

Face à ce train de mesure, l’ADER (Action pour le Développement, l'Environnement et la Recherche) a exprimé le point de vue suivant :

« Ne nous leurrons pas, les solutions proposées reposent sur l’illusion entretenue d’une modernité universelle, là ou il n’y a qu’une culture dominante et expansionniste. Loin de nous l’idée de rejeter les bienfaits de cette « civilisation » notamment en matière de santé, ni d’en dénier l’accès aux populations du fleuve. Simplement, si l’une des causes profondes de leur malaise est une perte de l’estime de soi et de sa culture, tout projet imposé et impulsé de l’extérieur constitue une violence supplémentaire. La revalorisation de leur identité culturelle passera par la reconnaissance de leur expertise et de leur droit à prendre les décisions concernant leur propre avenir. La ratification de la Convention 169 de l’OIT par la France pourrait garantir cela ».

 


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