Le système agraire du jhum (abbatis - brûlis) mis en cause
Réponses apportées

La population du Nagaland est passé de 1 209 546 a 1 990 036 habitants de 1991 à 2001 soit une croissance de 64,56%. 89, 15% de cette population est tribale.

Cette augmentation de la population s'est traduit par un raccourcissement du cycle des brûlis (qui est passé de 20-30 années en a 2-3 années ) qui ne laisse pas suffisamment de temps au sol pour se régénérer, les récoltes ont diminué au fil du temps et les familles qui connaissaient dans le passé la sécurité alimentaire ne peuvent plus satisfaire leurs besoins.

61% de l’ensemble des foyers naga pratiquent l’agriculture itinérante sur environ 100 000 hectares exposant ainsi environ 5,65 % de la superficie du territoire de l’Etat aux risques d’érosion du sol.

A ce taux, on peut estimer que l’épuisement et la dégradation des sols, la détérioration des ressources en eau sont dues pour 70% aux pratiques extensives de l’agriculture itinérante, en l’absence de véritables mesures de conservation, comme l’indique le rapport annuel 2015-2016 du Département de la conservation des sols et de l’eau sur la base des conclusions de sa session de travail.

Selon ce rapport, il en résulte un faible niveau de production agricole par unité de surface, des agriculteurs qui restent les plus pauvres de la population et les terres et leurs ressources naturelles en péril.

Le rapport indique que l’agriculture sur brûlis est une des causes principales:

- de la dégradation de l’écosystème de la forêt;
- de la perte de biodiversité;
- de la disparition locale d'espèces indigènes et invasion par des mauvaises herbes exotiques

mais également souvent le mode d’agriculture le mieux adapté aux conditions agro climatiques et à la culture sur des terrains en pente comme au Nagaland .

Réponses apportées par un projet du PNUD

Un projet du Programme des Nations Unies pour le Développement - PNUD, pour une gestion durable des terres et de l’éco système dans les régions d’agriculture sur brulis du Nagaland a été élaboré en vue de protéger l’écologie et les moyens de subsistance, dans le but de protéger les services rendus par les écosystèmes tout en subvenant aux besoins de subsistance.

« Ce projet met en place un processus de planification participative et donne la priorité aux activités identifiées par l’ensemble de la communauté impliquée dans l’élaboration de Plans de gestion des ressources communautaires, impliquant une utilisation plus productive et plus durable des ressources » selon les termes du rapport, ajoutant que le projet apporte une contribution au programme SLEM (Sustainable Land and Ecosystem Management in Shifting Cultivation Areas of Nagaland for Ecological and Livelihood Security), qui est « de promouvoir une gestion durable des terres et de la biodiversité ainsi que de maintenir la capacité des écosystèmes à fournir des biens et des services tout en tenant compte du changement climatique »

La stratégie utilisée par le PNUD a été de persuader les agriculteurs d’allonger la phase de culture de 2 à 3 ans dans les fermes pilotes jhum grâce à l’introduction de mesures de conservation des sols et de l’eau.

Dans une situation où les programmes gouvernementaux sont largement orientés en faveur de l’agriculture sédentaire, le PNUD a essayé de supprimer cette barrière institutionnelle. Si bien que, au lieu de se focaliser sur seulement l’une des composantes du système de subsistance : soit le jhum, soit la culture du riz en zone inondée, soit la plantation d’arbres, le programme ciblait toutes les différentes utilisations des terres d’une manière globale.

Cette méthode s’est appuyée sur les institutions traditionnelles de gestion des terres amenées à prendre des décisions éclairées dans le cadre de Plans d’utilisation des terres participatifs (Participatory Land Use Plans - PLUP). Il est difficile de dire si les gens ont été incités pour des raisons seulement écologiques à considérer de nouvelles options. Une amélioration des moyens de subsistance et celle de la planification de l’utilisation des terres semblent avoir été également les facteurs clés.

Des Comités d’utilisation des sols ont été crées pour assurer la mise en œuvre des plans ainsi définis et pour créer un environnement propice à l’amélioration de l’écosystème local et des moyens de subsistance.

Les règles respectées par les communautés en ce qui concerne le jhum étaient :
- de maintenir des zones tampons plantées d’arbres le long des rivières et cours d’eau ;
- de maintenir des arbres au sommet des collines et sur les crêtes ;
- de conserver les plans d’eau et les ravines dans les zones de jhum en ne coupant pas ni ne brulant la végétation autour ;
- de planter au moins 20 à 25 arbres par hectare – en particulier des aulnes - avant de laisser la terre en friche ;
- de conserver des variétés traditionnelles de plantes de culture jhum grâce à des initiatives de banques de semences.

Impact

Ce programme a presque mis un terme à la pratique exclusive du jhum dans des centaines de foyers. Plus spécifiquement, plus de 800 foyers qui pratiquaient la culture jhum ont bénéficié jusqu’à présent de l’introduction de pratiques de développement agricole intégré, qui englobe les cultures, l’élevage, la pêche, la sylviculture et l’horticulture, et réduit l’érosion des sols.
L’horticulture et les plantations agro forestières ainsi que les mesures de conservation du sol et de l’eau ont augmenté la couverture végétale sur plus de 2000 hectares dans les zones du projet.

Sources:

Article du Morung Express, juillet 2016. "61 % des foyers pratiquent annuellement l’agriculture itinérante au Nagaland" (traduit pour le GITPA par Véronique Hahn de Bykhovetz)
Extrait d'un présentation faite par Kedino Zango, PNUD, Nagaland au Sommet du développement durable en montagne qui s’est tenu à Itanagar, Arunachal Pradesh, les 7- 9 Octobre 2015.(traduit pour le GITPA par Véronique Hahn de Bykhovetz)


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