RESISTANCES POUR UNE NATION NAGA


"Avant la conquête britannique du pays en 1879-1880, nous vivions un état de guerre intermittent avec la vallée de l’Assam au nord et à l’ouest et le Manipur au sud. Ils ne nous ont jamais conquis ni jamais soumis à leur gouvernement… nous prions pour n’être jamais à la merci d’un peuple qui ne nous a jamais conquis, dont nous n’avons jamais été sujets et pour être seuls à nous déterminer, comme dans l’ancien temps".
Mémorandum soumis par le Club Naga à la Commission Simon du gouvernement colonial britannique en 1929
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Vivre dans la crainte

Depuis août 1997, un cessez-le-feu fragile a permis aux Naga de vivre dans ce qui ressemble à la paix. Pour plus d’un demi-siècle la vie dans les villages naga était baignée d’insécurité, de peur permanente. Au maximum de la militarisation, dans les zones du Nagalim les plus affectées, il y avait un soldat indien pour un adulte Naga. La loi dite du « Pouvoir des forces armées spéciales » a donné aux forces de sécurité indiennes des pouvoirs étendus avec l’impunité. Des milliers de Naga furent détenus et torturés, des femmes violées, beaucoup ont été blessés ou sont morts dans ce que de nombreux Nagas voient comme les activités d’un état étranger en vue de la suppression violente de leur légitime demande d‘auto-détermination. Pour les États indien et birman cela fait partie de leur lutte contre ce qu’ils appellent « l’état d’insurrection » ou le « terrorisme »

Une unité émergente

La première organisation pan-naga, le « Club Naga » (Naga-Club) a enjoint les Britanniques de les laisser seuls puisqu’ils avaient décidé de se retirer du sous-continent. Les Naga n’ont pas développé une identité pan-naga avant les débuts du XXème siècle. L’unité des tribus naga a été forgée par le travail des missionnaires qui les a plongées dans le christianisme, par leur prise de conscience croissante de leur communauté culturelle et de leur antagonisme commun vis-à-vis des gens de la plaine. On dit que l’idée même d’une « nation Naga » est née dans les champs de bataille de la Première guerre mondiale en Europe.

Nationalisme naga

Durant la Première Guerre mondiale beaucoup de Nagas, de différentes communautés vinrent en France comme travailleurs. Ils prirent conscience de l’existence d’un monde au-delà de leurs montagnes et virent comment les nations « civilisées » menaient leurs propres guerres cruelles. Loin de chez eux, les soldats nagas de différentes communautés et tribus partagèrent leur condition et développèrent un sens d’appartenance, en découvrant leurs nombreuses communautés. A leur retour, en 1918, ils formèrent le « Club Naga » avec les chefs de villages et les Naga qui servaient le gouvernement britannique.

Brèche dans l’accord

En 1946, les Naga ont formé un organisme politique de plein exercice : le Conseil national naga (NNC) qui fut, un an après, reconnu par le gouvernement intérimaire de l’Inde comme la seule autorité politique des Naga.
Un « Accord en neuf points » fut signé avec le NNC en juin 1947. Il prévoyait qu’après une période de dix ans dans l’Union indienne, les Naga pourraient décider librement de leur avenir. Cependant, très rapidement, l’État indien s’est lancé dans la répression du nationalisme naga et, en violation de l’accord, les leaders du NNC furent arrêtés et emprisonnés.

Les Nagas prennent les armes

L’Inde a ignoré le résultat du plébiscite du NNC de 1951 dans lequel les Naga ont voté, sans ambigüité, pour l’indépendance. Les protestations massives, mais pacifiques, des Nagas, se heurtèrent à l’armée et à la répression. En 1956 les Nagas prirent les armes.

La loi martiale

Dans les quatre décennies suivantes, le gouvernement indien a tout essayé pour briser le mouvement de résistance naga par une politique de diviser pour régner, la signature d’accords avec certains groupes, en en finançant certains et promulguant des lois répressives telles que la Loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées (AFSPA). Entre autres, celle-ci donne aux forces de sécurité indiennes le droit de tirer à mort et d’arrêter sans mandat même si elles ne sont pas poursuivies et qu’aucune procédure légale ne pourra être entamée contre elles. La plupart des zones nagas ont été sous la loi martiale depuis sa promulgation en 1958.

Négociations avec le gouvernement indien

Par deux fois, le gouvernement indien a passé un accord avec des groupes de Nagas qui, soit prétendaient représenter leur peuple, soit étaient soumis à des pressions pour signer en son nom. Naturellement, ces accords n’ont pas été reconnus par les Nagas. En référence avec le premier accord, celui dit « en 16 points de 1960 », un nouvel Etat de l’Union, appelé « Nagaland » fut créé sur environ un tiers des régions indiennes habitées par les Nagas. Ce qui conduisit à la division parmi les Nagas et à une augmentation de la violence. En rejetant le second accord, le soi-disant « Accord de Shillong « (nommé d’après la ville de Shillong où il fut signé) créa une nouvelle organisation : Le National Socialist Council of Nagalim (NSCN) - le Conseil national socialiste du Nagalim - devenu le principal mouvement de résistance naga.

L’avenir

Quoique des désaccords et des divisions existent entre eux qui, quelquefois, barrent le chemin de l’auto-détermination, les Nagas ont résisté aux pressions de l’État indien. Finalement, en 1997, le gouvernement indien a accepté d’entrer, avec le NSCN, dans des pourparlers de paix inconditionnels. Un cessez-le-feu fut approuvé rapidement, prolongé plusieurs fois, jusqu’à maintenant. Cependant, les négociations sont très lentes. Alors que nous écrivons ces dernières lignes, les Nagas ne sont pas assurés que leur avenir sera celui d’un peuple libre de déterminer son propre destin. Leur lutte continue, mais ils ont bon espoir d’y parvenir par des moyens pacifiques.

Source: Naga Self determination 2001, IWGIA

Traduction par Simone-Dreyfus-Gamelon

Communication présentée par Neingulo Krome, secrétaire général du MPNDH (Mouvement des peuples naga pour les droits de l'homme) aux Nations Unies, New York, le 17 mai 2016, à la 15ème session de l’Instance permanente sur les questions autochtones


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