Rizières irriguées a proximité de Khonoma, Nagaland

TERRITOIRES, IMMIGATIONS, CONFLITS

La plupart des économies tribales traditionnelles du Nord Est de l’Inde reposent sur l’essartage ou la riziculture humide en terrasses avec un agro système arboré, habitat d’une variété de plantes cultivées ou sauvages et d’animaux. La plupart des tribus dépendent d’une agriculture de subsistance complétée par la forêt. Celle-ci, les terres des collines et l’agriculture permanente constituent de multiples systèmes agraires qui répondent aux besoins grâce à une longue tradition de gestion soigneuse des ressources forestières. En raison de la grande dépendance à la quantité de terres, l’immigration et les projets de développement provoquent une pénurie qui, à son tour, conduit à des conflits.

LE RÔLE DE LA TERRE DANS LES CONFLITS

Les conflits, qui existent dans la plupart des Etats du Nord - Est, sont causés par les relations inégalitaires de pouvoir entre les groupes ethniques.
Les conflits expriment plus des revendications liées à la protection des territoires ethniques et des ressources, qu’à l’indépendance politique.

La question de la terre est centrale:
- en Assam pour les Bodo-Santhal (Roy 1995) et dans la tension Dimasa-Hmar,
- au Tripura, dans la revendication des Tripura pour un territoire à eux (homeland)
- au Manipur, qui a affronté des troubles sociaux et une instabilité politique avec des heurts entre Naga et Kuki, entre Meitei et Pangal et entre Paite et Kuki dans les années 1990. En 2001 il y eut des tensions entre les Naga et les Meitei ceux-ci s’opposant à la revendication d’intégration politique de toutes les zones naga.

Sont en jeu, leurs modes de vie, la terre et la biodiversité sur laquelle ils ont construit leur culture, leur économie et leur identité.

IMMIGRATION ET CONFLITS

L’immigration est une cause importante de la perte des terres qui conduit aux conflits. Les immigrants s’emparent des terres tribales ce qui conduit à la pénurie.

Immigration avant la colonisation

L’immigration n’est pas nouvelle dans le nord-est de l’Inde. Depuis un millier d’année, les communautés nomades de l’est et du sud de l’Asie se sont établies dans la région et intégrées aux populations locales. Quoiqu’il y ait eu quelques conflits, l’immigration n’a pas causé une perte majeure des moyens d’existence parce que les ressources étaient abondantes.

Les mythes et les récits de la région prouvent que c’est une région d’immigration.

Des exemples :
- Mizo : une légende des Mizo fait remonter leur origine au Singlung, en Chine ;
- Khasi : il semble que les Khasi soient venus dans l’actuel Meghalaya, en Annam et au Cambodge parce qu’ils parlent une langue mon-khmer de cette région. Le mythe indique qu’ils furent forcés à quitter leur région après un conflit.
- Naga : les mythes sur la forêt des Naga Angami indiquent qu’ils ont émigré après que le clan ait pris une identité propre.

Immigrations durant la période coloniale


des adivasis collectent les feuilles de thé a Dibrugarh, Haut Assam

- Les adivasis pour les plantations de thé

La région a continué à être une zone d’immigration aux XIXème et XXème siècles. La différence est qu’elle fut le résultat de politiques britanniques délibérées qui ont causé de nombreux conflits. Les Adivasi et d’autres ouvriers agricoles des plantations de thé ont été les plus importants parmi les immigrants. Appauvris pas la politique du Permanent Settlement, 1793 les Adivasis furent déplacés du Jharkhand et des régions voisines et amenés en Asom comme travailleurs non qualifiés dans les plantations de thé. En Asom, les Ahom, Bodo-Kachari, Koch et autres, perdirent leurs terres à cause des Lois sur la terre en Assam (1838) qui facilitaient l’acquisition de terres pour les plantations de thé et les mines (Barbora 1998).

- les bengalis : pour l’administration et la construction des chemins de fer

Les Britanniques amenèrent des immigrants dans la région. Comme le système administratif des Britanniques était différent de celui de l’Asom, ils amenèrent avec eux des Bengalis qui en étaient familiers (Gopalakrishnan et al. 2002, pp.52-53). Ceci affecta plusieurs tribus. Le clergé et les travailleurs un peu qualifiés bengalis vinrent comme administrateurs et ouvriers des chemins de fer ; ils parlaient bengali qui devint la langue de la scolarisation dans la vallée du Barak, ce qui affecta les Dimasa qui durent lutter pour maintenir leurs traditions cultuelles, leur histoire et leur identité.

Immigrations après l’indépendance de l’Inde.

Le nord est de l’Inde a subi une immigration massive :
- en 1947 : de Bengali hindous, au moment de la partition du Bengale
- en 1959 de Tibétains lors de l’occupation du Tibet par la Chine
- depuis la fin des années 1970, des musulmans bangladeshi, des Hindous du Bangladesh et du Népal , des réfugiés birmans (il y a plus de 200.000 réfugiés birmans dans les pays voisins de la Birmanie, plus de 40.000 dans le nord-est de l’Inde, surtout au Mizoram) et des Jummah du Bengladesh arrivèrent.

Les facteurs qui facilitent l’immigration et l’empiètement sont les territoires d’arrivée sont :
- la pauvreté,
- le féodalisme
- le manque de réforme agraire dans les lieux d’origine des migrants
- les systèmes légaux qui ne reconnaîssent que la propriété individuelle et ainsi encourage l’empiètement sur les ressources et les propriétés communautaires que l’arsenal législatif traite comme des propriétés de l’Etat.
- le besoin de main d’œuvre bon marché, les immigrants acceptant de travailler dans la construction et dans d’autres secteurs pour des salaires inférieurs à ceux de la population locale.

Conséquences
• Au Tripura : A cause de l’immigration des Hindous bengali, la population tribale du Tripura a baissé de 58% en 1951 à 31% aujourd’hui.
• En Assam : Le nombre de chaque groupe est difficile à connaître mais le recensement de 2001 indique qu’il y a environ 1.600.000 musulmans d’origine bangladeshi et quelque 2.400.000 Hindous de l’extérieur, principalement du Bihar et du Népal

Des conflits en résultent quand les locaux essayent de défendre leurs moyens d ‘existence en réagissant à tous les étrangers qu’ils voient prospérer à leurs dépens. Quand les pénuries s’abattent sur eux ils se font concurrence pour les maigres ressources.

LA TERRE ET LES LOIS FONCIÈRES

Les changements de régime foncier et des rapports à la terre ont été vus comme des menaces sur les moyens d’existence.
Les changements des lois sur l’immigration et sur la terre ont commencé à l’époque coloniale et se sont intensifiés après l’indépendance.

Passage de la terre d’une économie communautaire durable à une économie marchande

Depuis des siècles les lois coutumières tribales étaient surtout communautaires et les ressources naturelles étaient considérées comme renouvelables. Cela a construit une culture et une économie basées sur un usage durable. Cependant, les lois indiennes sont fondées sur l’individu et sur le principe que le domaine de l’Etat est éminent. Dans cette perspective, la terre est seulement une marchandise pour l’agriculture et la construction.
La transformation de la terre en marchandise et la facilité de son changement de propriétaire :
- débuta avec le Permanent Settlement Act de 1793,
- se poursuivi avec les Assam Land rules de 1838,
- culmina avec la Land Acquistion Act de 1894 qui reste en vigueur aujourd’hui

Prééminence du domaine de l’État

Les lois sur la terre ont reposées sur le principe de la prééminence du domaine de l’Etat. Ce qui a signifié :
- d’abord que les terres sans propriétaire (patta) individuel sont devenues propriétés de l’Etat,
- ensuite, que l’Etat seul a le droit de définir l’intérêt public et de priver les possesseurs individuels de leurs bénéfices.

Source: Assessing of UN International Decade of the World's Indigenous People in Northern India (1994-2005).
Walter Fernandes, Gita Bharali and Vemedo Kezo. 2010 , extraits pages 282-286.
Traduction de l'anglais par Simone Dreyfus-Gamelon

Retour