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AFRIQUE CENTRALE - PYGMEES Les Pygmées toujours à la merci des hommes sans foi ni loi Echos des Pygmées n°19 octobre-décembre 2007, p 6 |
Le groupe de travail des Nations unies sur les populations autochtones a organisé récemment à Genève, dans la Confédération helvétique, sa vingt-quatrième session. Pacifique Mukumba, du Centre d’accompagnement des autochtones pygmées et minoritaires vulnérables (CAMV), y a parlé de « l’utilisation des terres autochtones par des autorités, groupes ou personnes non autochtones à des fins militaires, cas du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, du Katanga et du district de l’Ituri. »
À l’en croire, depuis 1994, les autochtones pygmées sur leurs terres sont utilisés comme des pisteurs, manœuvres, transporteurs par des hommes sans foi ni loi qui ne se préoccupent guère des droits humains les plus élémentaires dans la poursuite de leurs desseins hégémoniques, économiques, superstitieux… Il est plus que temps, pour que les groupes étrangers soient désarmés et rapatriés, que le gouvernement congolais restaure son autorité sur tout le territoire national et y fasse respecter la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH).
Ci-dessous, l’intégralité de l’exposé du directeur exécutif du CAMV.
Madame la présidente,
De 1994 à ce jour, les terres des autochtones pygmées en République démocratique du Congo (RDC) sont utilisées à des fins militaires par des autorités, groupes et personnes physiques non autochtones. Des poches de résistance des divers groupes armés nationaux et étrangers y utilisent les Pygmées comme pisteurs, manœuvres et transporteurs. Et cela à des fins hégémoniques, économiques, superstitieuses, qui ne protègent pas les droits humains les plus élémentaires.
Tout part de juillet 1994. L’Armée patriotique rwandaise (APR) prend le pouvoir à Kigali. Des millions de réfugiés rwandais, avec bagages et armes, affluent dans l’est de la RDC (alors Zaïre). Les autorités congolaises et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) leur ouvrent des camps (Kashusha, Kavumu, Katana) à la lisière des forêts du parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), dans la province du Sud-Kivu, ainsi que d’autres concentrations comme Mugunga et Katale, dans les périphéries du parc national de Virunga (PNVI), au Nord-Kivu. Ces réfugiés vont commencer à aller chercher du bois de chauffe dans la forêt. Ils vont aussi y chasser du gibier, surtout qu’ils possèdent des armes à feu. Ils réquisitionnent les Pygmées pour les guider.
Octobre 1996, on voit éclater la guerre de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL). Cette rébellion est appuyée par le gouvernement de Kigali, venu aussi régler les comptes à ces réfugiés qu’il qualifie de génocidaires. L’AFDL et l’APR recourent également aux Pygmées pour faire la chasse aux réfugiés rwandais et résistants maï-maï dans la forêt. Tous ces groupes armés maltraitent les Pygmées en les prenant pour les guides ou les combattants des uns et des autres…
Entre-temps, les terres des autochtones pygmées subissent des préjudices énormes. Les arbres sont abattus sauvagement pour du bois de chauffe, de logis de fortune et autres fins. Les récoltes et petits élevages sont réquisitionnés sans aucune autre forme de procès. Les différents belligérants s’aperçoivent également que le sous-sol des autochtones recèle des minerais tels que la cassitérite, le coltan, l’or… Ils l’exploitent systématiquement pour avoir les moyens de poursuivre leurs guerres. Ils essaient d’occuper définitivement ces contrées pour des raisons hégémoniques, économiques et superstitieuses.
Cela étant, l’exploitation scandaleuse des terres des autochtones pygmées et la maltraitance flagrante de ceux-ci perdurent jusqu’à ce jour bien que l’accord de paix de Sun City ait été signé en Afrique du Sud en 2003 et que le pays soit engagé aujourd’hui dans un processus électoral devant mettre fin à une période post-conflit de transition de trois ans.
Des groupes armés nationaux et étrangers sèment la terreur et la désolation sur les terres autochtones pygmées de la province du Sud-Kivu. Les Interahamwe et les milices maï-maï d’un certain colonel Mabolongo, alias 106, utilisent les Pygmées comme pisteurs, manœuvres et transporteurs dans l’exploitation des minerais (cassitérite, coltan, or) et pierres précieuses (tourmaline, saphir…) dans les secteurs de Bunyakiri et Kalehe Centre, en territoire de Kalehe, au Sud-Kivu. Les combattants hutus rwandais et les Maï-Maï de différents seigneurs de guerre ne cessent d’errer pour les mêmes fins dans la forêt de Shabunda, en territoire portant le même nom. Pour ce qui est de la forêt d’Itombwe, en territoires de Mwenga et Fizi, dans la province du Sud-Kivu, il faut ajouter l’exploitation du chanvre en quantité industrielle aux trois minerais précités et les rebelles burundais du Front national de libération (FNL) aux exploitants susmentionnés.
Les Interahamwe et les Maï-Maï écument l’axe Mangurujipa-Graben-Isale, dans le territoire de Lubero, en province du Nord-Kivu. Ils exploitent la cassitérite, le coltan et l’or grâce à la main-d’œuvre pygmée, corvéable à souhait. Les soldats du général Laurent Nkunda, réfractaires à la formation de la nouvelle armée républicaine, font la loi dans les contrées des territoires de Masisi et Rutshuru, qui regorgent de cassitérite, de coltan et d’or.
Le district de l’Ituri, dans la province Orientale, est une véritable boîte à crabes. Les terres des autochtones pygmées de la forêt d’Irumu sont sous la botte du Mouvement révolutionnaire du Congo (MRC), une nouvelle rébellion composée de deux ethnies du pays (Ngiti et Hema), et des ressortissants ougandais. Le MRC occupe pratiquement Boga, Nyakunde et Tshibambi, qui sont des contrées regorgeant de bois, de pétrole et d’uranium. Une forte présence des rebelles ougandais de ADF/NALU est signalée dans la forêt d’Erengeti, en territoire de Mambasa. Ces rebelles y exploitent du bois avec des tronçonneuses portatives. Tous ces belligérants dans cette province recourent aux Pygmées comme guides, manœuvres et portefaix… Il en est de même de diverses milices maï-maï, qui exploitent également la cassitérite, le coltan et l’or autour de quelques localités (Kalemie, Nyunzu, Kongolo) dans la province du Katanga tout comme celles de Punia au Maniema et de Walikale dans le Nord-Kivu. Force est de constater que la guerre n’est pas terminée en RDC. Elle persiste sur les terres forestières des autochtones pygmées pour des fins hégémoniques, économiques et superstitieuses. Elle perdure sur le dos des autochtones pygmées dont les propriétés et les personnes en paient les frais.
Cela étant, nous dénonçons la persistance du pillage systématique des ressources naturelles de la RDC et la flagrance des violations massives des droits humains de ses citoyens en général et des autochtones pygmées en particulier.
Nous recommandons à l’Organisation des Nations unies, à travers sa mission en RDC (MONUC), de renforcer le processus Désarmement, démobilisation, regroupement, réinsertion, rapatriement (DDRRR) des groupes armés étrangers.
Nous l’exhortons à faire pression sur quelques puissances étrangères voisines afin qu’elles puissent dialoguer avec leurs compatriotes en armes e trouvant sur le territoire congolais pour faciliter leur retour pacifique dans leurs pays respectifs.
Nous demandons au gouvernement congolais de multiplier les efforts pour restaurer son autorité sur le territoire national et faire respecter la Déclaration universelle des droits de l’homme.