Au Maroc, le conflit de la mine d'Imider s'éternise
Arrestations de militants Amazigh du mouvement de protestation local
La commune d'Imider. Le site de la mine
Depuis 1969, la Société Métallurgique de Imider (SMI) exploite un gisement d’argent sur les terres collectives des autochtones Amazigh d’Imider1, puise dans la nappe phréatique l’eau nécessaire au traitement du minerai, rejette des polluants et n’apporte aucun avantage pour la population locale, pas même l’emploi des jeunes au chômage.
Ces dernières années, les paysans de Imider ont constaté le recul des niveaux d’eau très inquiétants, de près de 60%, jusqu’à rendre inexploitables certaines parcelles productives jusque‐là. Des champs d’arbres fruitiers ont ainsi été perdus faute d’eau.2
Un mouvement de protestation local « sur la voie de 96 » qui s’insurge contre ces pratiques depuis 1996 affirme que la Société métallurgique d’Imiter (SMI), filiale du groupe minier Managem (holding SNI), n’a jamais effectué d’étude d’impact sur l’environnement.
Les Amazighs d’Imider, revendiquent le partage des avantages, le travail de leurs jeunes chômeurs, le respect des normes de l’exploitation internationale des mines et la lutte contre la pollution.
Précédent la visite de l’ambassadeur d’Allemagne à la commune d’Imider 3 militants du mouvement « sur la voie de 96 » (Oumar Moujane et Brahim El Hamadoui, Abdessamad Madri) ont été arrêtés le 3 mars 2014 et doivent passer prochainement en justice.
"Nous dénonçons la propagande utilisée par la société minière en vue de désinformer l'opinion publique concernant la réalité de la situation actuelle, le black out médiatique imposé à la cause d'Imider par les médias publics ainsi que la protection des captages d'eau illégaux par des forces publiques pour le compte d'une entreprise privée. Les manœuvres visant les élèves qui ont repris la protestation. La tension monte !!! Après la neutralité montrée par les responsables locaux et provinciaux vis à vis des promesses faites, lors des rencontres qui les ont liés quelques semaines avant le début de la grève estudiantine, pour revendiquer des conditions d'apprentissage les plus banales (laboratoires, bibliothèques, ordinateurs, transport...)."
1. Imider est une petite commune posée au pied du Haut-Atlas, à quelques 300 km au sud-est de Marrakech, entre Tinghir et Boumaln-N-Dadès, sur la N10, l’axe routier reliant Warzazat à Errachidia. C’est une zone désertique parsemée de petites localités dont l’existence est intimement liée à la présence de l’eau. Environ 5000 habitants vivent dans les 7 villages de cette commune (Ait-Mhend, Ait-Ali, Ait-Brahim, Anou N Izem, Izoumken, Taboulkhirt et Ikis), essentiellement de l’activité agricole vivrière (maraichage et petits élevages). Les habitants de cette région sont des Amazighs.
2. Rapport rédigé par les membres du Congres Mondial Amazigh (CMA) en partenariat avec l’APMM-Maroc, section Tinghir, décembre 2012. Rapport transmis au Rapporteur Spécial des Nations sur les droits des Peuples Autochtones, au Comité des Nations Unies pour les droits économiques, sociaux et culturels, à la Direction Maghreb de l’Union Européenne, au Parlement Européen et aux ONG.