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Ait-Isjen, l'une des 7 localités du M'zab

À propos des attaques perpétrées contre les Amazigh du M’zab en Algérie

le GITPA transmet 2 informations:

Qui sont les Mozabites et les arabes Chaaâmba ?
Interview le 26/03/2014 de YACINE Tassadit, membre du réseau des experts du GITPA*

Qui sont les Mozabites ?

Les Mozabites ce sont les habitants de cette région qu’on appelle le M’Zab située à 600 km d’Alger vers le Sud. Ce sont des populations berbérophones autochtones ayant fondé Ghardaïa, en 1053, capitale du M’zab, après la destruction de la célèbre Tihert (Tiaret aujourd’hui). Ce moment important et déterminant de leur histoire correspond à la chute d’un empire, l’empire rostémide, florissant en Afrique du Nord qui a participé à leur exode vers le sud : Sédrata, elle aussi détruite en 1070, Ouargla et ensuite Ghardaïa. Ils ont fondé également El Atteuf, en 1016, Bounoura, en 1048, Beni Isguen et Melika, en 1347, Guerrara, en 1631 et Berriane, en 1679.


Quelques points pouvant les caractériser ?

Population détentrice d’une civilisation très raffinée et jalousement conservée en raison des persécutions dont ils ont été victimes depuis plus d’un millénaire comme en peut en témoigner :
une architecture (qu’ils partagent avec les habitants de l’Ile de Djerba (en Tunisie) et du djebel Nefousa (en Libye) appartenant au même rite ibadite,
une organisation politique et sociale très élaborée qui les distingue à la fois de la majorité malékite et surtout des tribus arabophones environnantes (les Chaaâmbas sédentarisés et bédouins).

Les Mozabites sont des Berbères qui ont adopté une doctrine ibadite tout en étant sunnite et proche du Kharédjisme qu’ils contestent. Toutefois, très rapidement ce mouvement politique et religieux majoritaire d’Oman (70 % de la population s’en réclame) parce que son fondateur en est issu (Jabir Ibn Zaïd Al Azdi, disciple d’Aïcha, la dernière épouse du Prophète) fera des adeptes en Afrique du Nord grâce à un Persan (Abderrahmane Ibn Rustum) élu par les Berbères d’Afrique du Nord.

Qu'elles sont les particularités de leur culture? ?

Sur le plan religieux, on retrouve les règles fondamentales de l’islam sauf que les Ibadites sont plus puritains et surtout que l’action chez eux est aussi importante que la foi. La doctrine ibadite privilégie la raison et le raisonnement comprenant le consensus des juristes (idjmaa), le raisonnement analogique (qiyas) et l’interprétation (ijtihad). La coutume (‘urf) a également sa place car elle permet d’adapter le droit religieux à la diversité et aux particularismes sociaux et culturels. Des kanoun-s (loi coutumière) fondent cette organisation sociale à la fois fondée sur un extrême égalitarisme (comme l’organisation des mariages collectifs, des circoncisions, l’assistance aux plus démunis, etc.) et sur une accumulation du capital adaptée à la modernité.

Ils sont très jaloux de leur culture, de leurs coutumes ancestrales : l’importance de l’endogamie fortement marquée, l’attachement à la langue. Autrefois au costume, à la manière d’être : agir et penser, etc.

Bref, en Algérie être Mozabite, se remarque très facilement. Ils sont surtout commerçants, artisans et attachés à leur territoire. Autrefois n’émigraient que les hommes. Les femmes restaient dans les villes traditionnelles. Seuls les hommes partaient en ville et revenaient au bout de deux à trois ans. Les choses ont un peu changé mais dans l’ensemble la coutume est préservée.

Mais la nécessité (les persécutions depuis le Xeme siècle) a fait qu’ils ont dû gagner en ténacité, en organisation et en s’ouvrant à la modernité : l’épargne, la culture, l’adoption des technologies modernes. Cette alliance réussie entre culturelle traditionnelle et modernité a fourni des cadres dans la finances aussi bien en Tunisie qu’en Algérie.

Cette spécificité faisait dire à Maxime Rodinson qu’il s’agit là d’un phénomène proche du protestantisme. Il les appelait alors "les protestants de l’islam" . Voilà pourquoi ils suscitent beaucoup de jalousie de part de la majorité malékite et surtout de leurs voisins qui les regardent comme des hérétiques et des « bourgeois » faisant ainsi allusion au discours légitimiste fondé sur la religion officielle (du rite dominant le malékisme), sur la démagogie de l’État (et du FLN de l’après indépendance) et sur la suprématie linguistique (l’arabe).

Au plan politique maintenant ?

Le plus important est qu’ils vont apporter à l’islam une nouvelle vision politique qui met en question les règles déjà établies par les « héritiers » supposés légitimes du Prophète Mohammed. Sur ce point, ils se démarquent du conservatisme et de la domination qu’octroie l’ethnie.

La doctrine ibadite est, pour ainsi dire, plus démocratique et égalitariste puisque le pouvoir ne se transmet pas par filiation mais par consensus. En effet n’importe quel musulman détenant les compétences, fût-il un esclave affranchi peut gouverner. Il en est de même de la destitution pour faute grave. On peut comprendre au début de l’islam en tout cas pourquoi les mawalis que sont les Berbères et les Persans vont embrasser cette doctrine parce qu’ils étaient exclus de toute prétention au pouvoir en raison d’une tradition patriarcale et raciale érigée en loi comme on le verra avec les Omeyyades en particulier.

Qui sont ces ennemis des Mozabites qu’on appelle les Chaaâmbas ?

Ce sont des populations, d’origine arabe, venues d’Arabie et envoyées par les Fatimides en Afrique du Nord punir les Berbères pour avoir rompu un pacte qui les liaient aux Fatimides. Ils font partie des Banu Hilal des Bédouins qui parcourent les steppes des hauts plateaux jusqu’au grand Sahara puisqu’on les retrouve également dressés contre les Touaregs dans l’extrême sud algérien. Mais au sein du groupe Chaaâmbas, on compte plusieurs fractions. La plupart sont restées nomades à l’exception de l’une d’entre elles qui s’installe dès le 14e siècle à Metlili (proche de Ghardaïa). Ce groupe fonde un ksar et se sédentarise. Il parle l’arabe dialectal et il pratique le rite malékite qui est majoritaire en Algérie. Au niveau des traditions ils sont différents des Mozabites mais chaque groupe vit en réalité dans sa communauté. Des heurts entre sédentaires et nomades ont caractérisé leurs relations mais comme partout ailleurs en Algérie.

Sans remonter loin dans l’histoire on peut affirmer que l’opposition Chaaâmbas/Mozabites ou Chaaâmbas/Touaregs a été le fer de lance de la colonisation. Le fameux diviser pour régner des Romains y a trouvé une place de choix d’autant que dans le grand sud les Chaaâmbas ont servi comme corps auxiliaire aux troupes françaises. Ces divisions qui ne sont pas spécifiques à cette région ont joué (pour ou contre) pendant la guerre d’Algérie. Si ce peuple pacifique et très organisé que sont les Mozabites n’a pas pris les armes pour combattre aux côtés de l’ALN, il a été partie prenante au niveau financier et au niveau intellectuel... Le nombre réduit des Mozabites (moins de 500.000 actuellement) et leur mode de vie les astreint à une forme d’organisation tournée vers la sauvegarde de leur patrimoine au sens large et de leurs pratiques culturelles fondées sur l’ibadisme et la berbérité et donc distants par rapport au pouvoir politique laissant ainsi leurs adversaires Chaaâmbas prendre la place. Les Chaaâmbas investissent donc les sièges du parti et les instances donnant accès au pouvoir. On peut imaginer le renversement de situation dans une Algérie qui a connu nombre de difficultés depuis 1962.



 

Lettre ouverte de l'Assemblée Mondiale Amazigh au
Secrétaire d'État John Kerry
à l'occasion de son voyage au Maghreb


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