Les Mutilations Génitales Féminines (MGF): l’excision Présentation par Naomi Kipuri*

Q : Que sont les MGF?

Ce que les francophones désignent par « excision » est plus généralement appelé « circoncision féminine » par les anglophones… Cette appellation pose une équivalence avec la circoncision masculine qui semble ne pas avoir d’effets fâcheux sur ceux qui la subissent et demeure un rite de passage significatif dans de nombreuses communautés.

Q: Pourquoi certaines communautés pratiquent l’excision ?

En Afrique de l’est, l’excision est justifiée par plusieurs raisons : elle serait un rite de passage nécessaire pour devenir une femme; il n’y aurait pas d’autre moyen de marquer la fin de l’enfance et l’entrée dans l’âge adulte; elle assure la propreté; elle offre de meilleures perspectives de mariage; elle élargit le passage pour l’accouchement; elle empêche la promiscuité sexuelle et la croissance excessive du clitoris; elle préserve la virginité là où celle-ci est requise avant le mariage.

Q: Qu’elle est l’histoire de ce rite?

Depuis la période coloniale jusqu’à présent, l’excision a été perçue négativement, comme une pratique « sauvage », par les étrangers. Malgré cela durant de nombreuses années, avant et après la colonisation, elle a perduré presque sans entraves dans les communautés kenyanes. Les gouvernements coloniaux ne dispensant peu ou pas d’éducation publique, seuls les missionnaires et les églises avaient quelque peu alerté sur cette pratique et amorcèrent les premières campagnes contre l’excision parmi leurs ouailles. Les églises l’ont interdite et excommuniaient les Africains qui la pratiquaient. Dans de nombreux cas des fidèles furent rejetés quand on exigeait d’eux des déclarations contre le rite.

Chez les Massaï, les églises anglicane et presbytérienne ont refusé la communion aux fidèles dont les filles étaient excisées. En général, la plupart des églises protestantes s’opposèrent à l’excision tandis que les catholiques et les musulmans choisissaient de ne pas intervenir dans une telle sphère non spirituelle.

Les communautés africaines rejetaient les règlements et mouvements anti excision parce qu’elles les considéraient comme des entreprises de contrôle et d’oppression. Les tentatives (des gouvernements et des organisations religieuses) de stigmatiser cette pratique ont eu pour résultat de la populariser.

Durant la lutte pour l’indépendance, l’accomplissement de ce rituel était exigé pour entrer dans certaines associations africaines, à son défaut on était considéré comme contre la libération. Après l’indépendance on parla peu d’éradiquer l’excision, probablement parce que le premier Président de la République du Kenya pensait que c’était un sujet politiquement sensible et qu’il adoptait la politique du « ne rien dire, ne rien faire ».

Q: Quels sont les risques pour la santé ?

L’excision est en général pratiquée, sans anesthésie, par des vieilles femmes utilisant de vieux couteaux non stérilisés. Sa gravité dépend du type de procédure employée : ablation de l’extrémité du clitoris, ou clitoridectomie totale. Chocs, hémorragies, douleurs, plusieurs risques d’infections incluant tétanos, hépatites et sida et accidents mortels dus à l’absence d’hygiène peuvent survenir très rapidement. Par la suite, peuvent se produire des difficultés, des douleurs particulières et des déchirures musculaires lors des accouchements. Les filles qui subissent cette opération, contre leur volonté, sont des victimes dont les droits ont été violées, qui n’ont pas été informées de ses conditions et de ses risques. Des pressions sont actuellement exercées pour réduire les conséquences de ce rituel ou le supprimer. Mais, tandis que des coutumes changent très rapidement, que d’autres sont abandonnées, la gravité de celui-ci demeure. Pour cette raison l’excision est de plus en plus perçue comme archaïsme culturel auquel il faudrait renoncer.

Q: Qu’elles sont les difficultés d’éradication rencontrée?

Au Kenya la lutte contre l’excision est un grand défi. Si des résultats positifs ont été obtenus sur le plan législatif, il a été démontré que la force de la loi ne peut à elle seule changer les modes de vie et les pensées séculaires d’une communauté. Si trop de pressions et de répressions sont exercées, les pratiques incriminées peuvent devenir clandestines. Les très jeunes filles ne savent pas comment ni où chercher de l’aide et quand elles l’apprennent il est trop tard. La lutte doit se dérouler pas à pas, dans une série d’actions qui découragent la pratique; en même temps, la pression et la persuasion doivent s’exercer continuellement, ne pas se relâcher jusqu’au succès. Ce sont les initiatives des femmes appartenant aux communautés qui pratiquent l’excision qui diffusent le plus durablement le message dans des termes culturellement appropriés. Leurs initiatives doivent être soutenues car elles sont les plus efficaces. Alors que se développent les discussions, le rituel cesse d’être une affaire privée. Aujourd’hui on en parle ouvertement, on l’analyse, on pose la question de sa pertinence dans la société moderne. Les controverses, les critiques aident certaines femmes à résister aux tentatives qui les poussent vers l’excision, quelle que soit la signification que leur propre communauté attribue à l’opération.

* Extrait de l’article: 2004, Mutilations génitales féminines : l’excision in Paroles de femmes autochtones, Collection Questions autochtones ; GITPA/ L’Harmattan

Rite alternatif a l’excision (ARP -Alternative Rite of Passage) réalisé en aout 2012 dans la communauté maasaï de Isitoti.

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